Après l’élection de Villeneuve-sur-Lot, on ne peut plus parler de front républicain…

Non, rappelons que le « front républicain », c’est Jean-Marie Le Pen qui se qualifie en 2002 avec 16,86 % au premier tour (+ 2,34 % pour Bruno Mégret). Ça fait donc une extrême droite à plus de 19 % au premier dimanche et qui fait moins de 18 % quinze jours plus tard ! Hier, le FN est passé de 26 à 46 % et des poussières. Le Front républicain avait déjà pris un bon coup dans le buffet quand Nicolas Sarkozy a créé, en 2007, un ministère à l’intitulé, en soi, antinomique avec les valeurs de la République : le ministère de l’immigration et de l’identité nationale. Mais c’est entre le 30 juillet 2010 et le 16 janvier 2011 que la mise à mort a été actée. Le 30 juillet 2010, c’est le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy. Le Président fait un discours qui marque une réorientation de la doctrine de la droite classique. Ce discours contenait des éléments notamment sur la déchéance de nationalité de criminels naturalisés, qui semblaient lier l’identité française à l’origine, rompant avec les règles républicaines les plus élémentaires. Alors ce n’est pas la première fois que la droite parlementaire, de l’ère post-Algérie, écorne les principes républicains sur ces thèmes-là. On l’oublie souvent mais l’aile la plus dure de feu le RPR était largement plus à droite que la « droite populaire » de l’UMP d’aujourd’hui. Souvenez-vous, Charles Pasqua et son inénarrable compère Robert Pandraud proposaient, dans les années 80, que la France rompe avec le droit du sol –carrément- et adopte le droit du sang en matière d’immigration.

Proposition qui serait impossible aujourd’hui à l’UMP !

Oui à l’UMP personne ne penserait à proposer la remise en cause du droit du sol, marqueur s’il en est de la doctrine républicaine, qui veut que la qualité de Français ne peut rien à voir avec le sang ou l’origine ethnique. C’est important de le remarquer parce que ça relativise beaucoup l’analyse en vogue sur la soi-disant droitisation de la société française. Analyse qui a pourtant poussé Nicolas Sarkozy à plonger (à Grenoble) le front républicain dans un profond comma en brisant le mur symbolique entre les programmes du FN et de l’UMP sur la question des valeurs. Le fait que Patrick Buisson, l’inspirateur de cette stratégie soit un maurassien adepte de l’abolition de la césure identitaire entre la France républicaine et de celle de l’Ancien régime est significatif. Ce front républicain aurait plus être déclaré en mort clinique le 16 janvier de l’année suivante, en 2011. C’est le jour où Marine Le Pen devient présidente du FN. Et avec elle disparaît du discours officiel du FN, tout le substrat anti-républicain, néo-pétainiste de Jean-Marie Le Pen. Marine Le Pen redéfinit son opposition à l’immigration en fustigeant d’abord l’islam qui est, selon elle, incompatible, non pas avec la France chrétienne chère à son père, mais à la France républicaine et laïque ! On peut douter de la sincérité de tout ça mais c’est maintenant le discours du FN. L’UMP et le FN sont chacun d’un côté d’un mur idéologique, qu’ils réduisent à coups de pioche. L’UMP croit taper sur le FN, elle ne tape que sur le mur. D’ailleurs quand vous demandez à un responsable UMP « buissonisé » pourquoi le FN et l’UMP sont incompatibles, il ne vous parlera pas d’immigration mais de l’Europe ou de l’euro. Pour l’électeur de gauche qui entend, en plus le discours social de Marine Le Pen, le terme front républicain est forcément caduc.

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