Vous vous intéressez aux révélations de Wikileaks sur les écoutes de la NSA et à leur effet sur notre perception de ceux qui nous gouvernent.

Oui parce que ces révélations déshabillent nos dirigeants, devant nos yeux. Les montrent dans leur faiblesse, au moment, justement, où leur action, depuis des années, contre le chômage et la crise, ou sur la scène internationale, apparaît comme inopérante et hors de contrôle. En plus de l’impression d’impuissance, du sentiment de dépossession démocratique dus à la mondialisation, à la financiarisation de l’économie, de telles révélations auraient de quoi achever de désespérer en la politique. Ce n’est pas tant le contenu des conversations mises au jour qui choque. Au fond, que François Hollande fraîchement élu, rencontre le SPD pour parler des relations franco-allemandes, que Nicolas Sarkozy s’estime le meilleur pour faire face à la crise, que Philippe Douste-Blazy n’ait pas été le meilleur chef de la diplomatie française, ne surprendra personne. Ce qui choque ici, c’est la confirmation de ce que les spécialistes du renseignement savent déjà : en diplomatie, il n’y a pas d’alliés. Chacun est bien conscient que derrière certains mots et certains actes de nos présidents, il y a des raisons d’Etat. Chacun peut se résoudre à l’idée qu’il faille du secret. Ce qui choque ici, c’est que ce secret puisse être percé à ce point par une puissance étrangère, et que cette capacité soit unilatérale.

On va reprocher à la presse de participer un déballage et à la tyrannie de la transparence !

Ce serait un mauvais procès parce que le processus de révélation que Wikileaks a choisi est particulièrement responsable. Wikileaks ne déverse pas ses informations brutes. Il prend bien soin de passer par des organes de presse (en l’occurrence Libération et Médiapart) qui ont pour métier de trier, de contextualiser, de hiérarchiser, de confronter leurs informations à ceux qui en ont été les acteurs ou les victimes. D’ailleurs aucune des révélations de Wikileaks n’a jamais mis des vies ou des intérêts vitaux en danger. Ces révélations, leur traitement, ne sont pas à mettre dans la catégorie « tyrannie de la transparence ». Contrairement à une idée répandue par les tenants du retour à des gouvernances autoritaires et verticales, la démocratie ne souffre pas encore de trop de transparence ! L’opacité des décisions politiques, économiques ou diplomatiques reste bien plus problématique que le contenu des révélations de Wikileaks. Mais ces révélations, en levant un coin du voile, ne nous disent pas quelle est la surface, la part du voile qui est levé. Elles nous mettent dans une situation étrange : celle de devoir se scandaliser qu’un service de renseignement d’un pays allié espionne à ce point nos dirigeants, et celle éventuellement de devoir se scandaliser du contenu de cet espionnage… sans savoir véritablement si nous avons sous les yeux l’ensemble de ce que sait l’espion ou si ce n’est qu’une toute petite partie. La valeur d’une révélation, son apport à l’information, et donc à la démocratie, tient aussi à son exhaustivité, au fait de savoir si elle révèle plus de vérité qu’elle ne crée de fantasme. C’est la limite de cette mise à jour.

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