Vous avez fait une erreur hier… et ça vous fait un édito aujourd’hui…

Oui,  j’avais dit que l’ex-patronne du PNF, le Parquet National Financier,  après avoir parlé, devant la commission d’enquête parlementaire, de pressions qu’elle aurait subies de la part de sa hiérarchie au sujet  de l’affaire Fillon, s’était rétractée. Et bien non, Madame Houlette ne  s’est pas rétractée, c’est important… elle conteste simplement la façon  dont les soutiens de Monsieur Fillon ont interprété ses propos. Je cite Eliane Houlette, jointe hier, ‘_l’utilisation politique de mes propos constitue une dénaturation forcément volontaire’. _Et  au fond, n’y voyez pas la raison (principale du moins) de mon mea  culpa, voilà qui va dans le sens de mon édito d’hier… le sujet ici est la vitesse de la justice. Les  pressions dont l’ex-patronne parle sont réelles mais concernent des  questions de procédure à enclencher… Tout le monde dans la hiérarchie  judiciaire n’était  pas d’accord, même si tout le monde voulait aller vite… Les dissensions entre Eliane Houlette et le parquet  général concernaient la façon d’instruire l’affaire, pour aller vite,  justement. Finalement il a été décidé d’ouvrir une information  judiciaire… procédure d’ailleurs qu’espéraient les avocats de François Fillon… C’est dire si les éventuelles pressions ont été  efficaces…
 Mais les avocats de François Fillon ont rebondi hier sur un autre aspect des pressions subies par Madame Houlette
 Oui  les incessantes demandes de remontées d’information à propos de  l’enquête, de la part du parquet général… le parquet n’étant pas  indépendant du pouvoir, on peut aisément imaginer que l’exécutif veut profiter de  ces informations ainsi récoltées, par exemple pour en faire fuiter dans  la presse. Sauf qu’en l’occurrence la presse, qui a sorti cette affaire  simplissime, en savait beaucoup plus et bien avant les juges. De plus, tout ça ne change rien à la réalité du fond du  dossier. Nous assistons, avec ce rebondissement de l’affaire à quelques  jours du jugement, à l’application du théorème Pasqua… quand vous êtes  mis en cause dans une affaire, créer une affaire dans l’affaire… et si ça ne suffit pas, une affaire dans  l’affaire de l’affaire. Stratégie toute indiquée dans une affaire simple  pour la rendre compliquée. C’est aisément manipulatoire pour les  politiques, cette façon de prendre les propos d’un magistrat, de les tordre, d’en faire leur pâte à modeler à leur intérêt sur un ton  outré. Le magistrat ne répondra pas sur les réseaux sociaux ou les  chaines tout-info. C’est une stratégie de défense efficace mais  irresponsable au regard de la crise de défiance envers les institutions … justice comprise. Plus globalement, cela repose aussi  la question de la dépendance du parquet général mais aussi du PNF, dont  le patron est nommé par l’exécutif... Donc de la séparation des  pouvoirs, malmenée en France. Cette question va d’ailleurs rebondir, après les informations, hier soir, de Médiapart  (plus de détails dans le journal de 8H) sur une toute autre affaire  dans laquelle il apparaît que le président de la République écrit  directement au Parquet National Financier pour soutenir son directeur de cabinet.

 

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