Meetings de lancement de campagne hier pour l'UMP et le PS, avec un premier ministre très entouré à Marseille et forcément optimiste, mais un premier secrétaire du parti socialiste bien seul à Bordeaux. Clichés saisissants hier de François Hollande, solitaire à la tribune de la petite salle de Bordeaux qu'il avait réservée dit-il à la va vite, quand il a su que François Fillon ferait un tonitruant lancement de campagne. Une précipitation qui explique dit-il, pourquoi ni DSK, ni Fabius, ni Royal n'étaient à ses côtés, à 15 jours d'un premier tour crucial. Oui, bien sûr, compliqué pour les uns et les autres de se libérer. François Hollande parle beaucoup, aux militants, aux élus, aux journalistes aussi et pourtant, il n'est pas homme à se confier. Quand vous lui demandez "et vous, ça va?", vous espérez qu'il répondra à cette banale formule par un mot qui dira tout de son état d'esprit, de ses envies, de ses regrets. Mais il se contente évidemment d'un non moins banal "je vais bien pourquoi?" Comme s'il n'était pas l'homme qui a tenu le PS 10 ans, et qui le laisse à reconstruire, comme s'il n'était pas l'homme qui a connu 2 défaites présidentielles, l'homme qui a vu s'éloigner quasiment tous ses camarades qui le rendent aujourd'hui responsable de tous les échecs, comme s'il n'était pas l'homme de sa femme qui a tant fait rêver de victoire mais qui a perdu. Sur les premiers pas du nouveau président, François Hollande est intarissable. Il connait par coeur son rôle d'opposant. "Ce sera la présidence des excès" prédit-il, trop de tout, trop de com, trop d'action, trop de jogging même dit-il en souriant. Sur ce qu'il faut faire du PS, il est disert encore, il ne fait que ça depuis 10 ans. Il pose le diagnostic. Après la fin de l'union de la gauche et de la gauche plurielle, aujourd'hui, le PS doit absorber ses partenaires moribonds, verts, PC et autres radicaux, et s'ouvrir au centre, pas forcément en tendant la main au MoDem de Bayrou, mais en repartant à la base, aux idées. Par exemple, comment dans une social démocratie, l'état assure-t-il la redistribution des richesses ? Sur ses ex amis, passés à l'ennemi, il est déjà plus discret. Est capable d'humour sur Kouchner, "avant les élections, on ne savait pas qui serait le président raille-t-il, mais on savait déjà que Kouchner serait avec..." "Déçu et choqué en revanche par Jouyet un ami intime quand j'ai compris confesse-t-il, qu'il avait voté Sarkozy." Sur la candidate socialiste, Ségolène Royal, il se contente cliniquement de peser les avantages et inconvénients qu'elle aurait à prendre le parti, mais se garde bien de trancher - comme si cette fois, cela ne le regardait plus. Car lui, à qui ses camarades reprochent tellement d'avoir toujours été incapable de trancher, cette fois ça y est, il a tranché. Il s'en va. Il va faire le job jusqu'au bout, jusqu'au bout des législatives pour tenter de limiter la casse avec ce curieux slogan,"la gauche qui agit", ça c'est si on a beaucoup de députés explique-t-il, "la gauche qui protège", ça c'est si on peut rien faire d'autre. Faire le job et puis tourner la page lors du prochain congrès. Au fait pour faire quoi Là, ce n'est pas que François Hollande est muet quand on lui pose la question, c'est qu'il est déjà parti.

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