**La semaine dernière, le PS, devançant le gouvernement, a rendu public ses propositions sur les retraites. Au-delà du jeu tactique autour de la question de savoir qui a raison ou tort de tirer le premier, il y a le débat sur le positionnement. Sur une échelle droite-gauche. Comment se situe ce qui est proposé ? Et surtout est-ce que le PS a fait ses propositions en se disant « c’est exactement ça qu’il faut pour régler cette question » ou est-ce que c’est « exactement ça qu’il faut pour assurer un positionnement efficace au sein de la gauche » ? Ce qui n’est pas forcément la même chose ! En réalité c’est une facilité de considérer que ce plan marque un ancrage à gauche. C’est vrai que la façon dont Dominique Strauss Kahn n’a pas hésité à dézinguer le « dogme » des 60 ans a gauchit la lecture que l’on pouvait avoir du plan du PS. Cette lecture gauchisante arrange beaucoup de monde car elle offre une distinction assez confortable pour les propos de tribune. Mais il y a, en fait, un recentrage idéologique, pas tout à fait assumé mais patent dans le détail du texte. Tout comme, il y a quelques années la droite avait abandonné l’idée d’ouvrir la voie à la retraite par capitalisation, le PS, avec ce plan entérine le fait qu’il faut travailler plus longtemps et tient pour acquise la réforme Fillon de 2003 qui avait fait passer le nombre d’annuités de 37ans et demi à 40 ans, puis 41 ans et qui prévoit de l’augmenter encore. C’est l’acceptation de l’importance du critère démographique. Le PS prévoit même un mécanisme pour inciter ceux qui le peuvent à retarder leur départ à la retraite. Le drapeau de la retraite à 60 ans flotte toujours au milieu d’un paysage dans lequel il n’a plus fonction que de drapeau… Pourquoi le PS n’assume pas explicitement ce recentrage ?Contrairement à ce que l’on peut croire, il ne s’agit pas simplement, comme souvent de proposer du modéré et de le repeindre en rouge pour rassurer les sympathisants…, il ne s’agit pas simplement de trouver le juste vocabulaire pour naviguer entre la gauche de la gauche qui risque de vous traiter de vendu au libéralisme et la droite qui ajoutera sur votre propre peinture rouge une couche de carmin afin de bien montrer que vous êtes d’indécrottables archaïques… Il s’agit plutôt pour Martine Aubry, tout comme d’ailleurs, pour Nicolas Sarkozy, de donner le sentiment que le politique a encore du pouvoir sur le cours des choses. En ce moment quand le gouvernement prend une décision, tout le monde scrute la réaction des marchés… comme ci c’était eux qui commandaient (c’est d’ailleurs peut être le cas). L’idée qui dominait ces dernières années était que les politiques étaient déconnectés des réalités. Aujourd’hui, le sentiment qui monte est différent : c’est le sentiment que, de toute façon, les politiques n’ont plus prise sur la réalité. Pour contrecarrer cette dangereuse impression d’impuissance, les politiques développent une nouvelle forme de discours. Le discours enflé de la civilisation. La politique de civilisation lancée par Nicolas Sarkozy en 2008. Le terme est repris en ce moment par Ségolène Royal. Le mythe du nouveau modèle de société, rien que ça. C’est avec ces mots « nouveau modèle » que Benoit Hamon décrit le projet qui vise à trouver la façon de financer notre régime de retraite. Dominique de Villepin ou François Bayrou, rivalisent aussi d’envolées grandiloquentes et de visions stratosphériques. Paradoxalement, c’est au moment où le discours des politiques se caractérise par une emphase généralisée que le philosophe Edgar Morin, dans le Monde de ce weekend définit, de façon beaucoup plus modeste (et sans doute plus conforme à la réalité) ce que serait sa gauche. Je cite Edgard Morin: « Il ne s'agit pas de concevoir un "modèle de société" voire de chercher quelque oxygène dans l'idée d'utopie. Il nous faut élaborer une Voie ». Simplement une voie…**

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.