Nouvelle « manif pour tous » ce dimanche. Ce mouvement peut-il être considéré comme un renouveau du conservatisme ?

C’est trop tôt pour le dire. Est-ce une bulle réactionnaire éphémère, liée à une loi en particulier ? Ou est-ce une tendance de fond ? Le ton, le sous-texte du discours ambiant qui ressort des manifestations, la source des arguments renvoie à l’époque des "deux Frances". On utilisait ce terme des « deux Frances » à la fin du XIXème et au début du XXème, quand la République prenait racine dans le pays. Il y avait une France, laïque, progressiste et une France rétive aux évolutions en cours, royaliste, religieuse… la France fille aînée de l’Eglise. Cette France s’est réveillée sous l’Etat Français de Pétain mais c’était dans un contexte bien particulier et avec des alliances hétérodoxes qui ne permettent pas de comparaisons pertinentes. En revanche, la doxa antirépublicaine ressurgit clairement au travers, notamment des propos de Christine Boutin ou de certains responsables catholiques… Cette droite là, c’est la droite des quartiers ouest et des banlieues bourgeoises, c’est la France des cathédrales et des pèlerinages. Une droite polie, familiale, de bon aloi mais d’une rigidité idéologique sans équivoque. Ni l’UMP ni le FN ne semblent très à l’aise avec ce mouvement. Il y a une vague sympathie, ce sont leurs électeurs bien sûr, mais ce n’est pas la droite idéologique qu’ils affichent habituellement. L’UMP, comme l’a bien rappelé Jean-Pierre Raffarin hier, au micro de France Inter , c’est deux droites : l’une modérée, centriste, girondine et une autre plus autoritaire et populaire. La religion n’est jamais mise en avant. Le Front National de Marine Le Pen s’est détaché (au moins dans le discours) de ses oripeaux antirépublicains, passéistes et intégristes, de cette droite légitimiste identifiée par René Rémond.

D’ailleurs, depuis le début, Marine Le Pen ne veut pas apparaître dans les cortèges !

Oui ils sont trop « vielle France catho » par rapport au ravalement de façade opéré par son parti. Si les groupes d’étudiants d’extrême droite, comme le GUD, proche du FN, se mêlent volontiers aux manifestations, on ne peut pas dire que le Front National accompagne le mouvement. Plus globalement l’UMP et le FN ne savent pas bien comment prendre cette singulière mobilisation à forte coloration religieuse. C’est l’un des aspects inédits de ce mouvement : l’implication de l’Eglise. Rien à voir avec 1984, pour l’école privée, quand l’Eglise était fondée à défendre une partie de sa propre institution. Là, le mariage religieux n’est pas en cause : les religions débordent donc du lit de la laïcité telle qu’on la conçoit généralement. Les veillées à la bougie, organisées notamment à Versailles, sont des prières de rues que l’on ne tolérerait pas d’autres religions. Cette France qui s’exprime à nouveau reste très minoritaire. Il ne faut jamais oublier que seuls 4% des Français sont catholiques pratiquants et que tous les pratiquants ne sont pas d’accord (loin de là) avec la doctrine de l’Eglise sur les questions de société. Cette France trouve, conjoncturellement un écho dans une partie de la population, plutôt vieillissante, déboussolée par la rapidité de l’évolution des mœurs et notamment de l’acceptation de l’homosexualité ces dernières décennies. Aujourd’hui Frigide Barjot est menacée par des intégristes pour avoir soutenu l’union civile. Avec sa confondante naïveté de « Claudette papale », elle commence simplement à comprendre ce qu’elle a contribué à réveiller.

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