50/50, extrême droite/écologiste en Autriche. Un résultat prémonitoire de l’état de l’opinion Européenne.

C’est la victoire de deux partis qui n’ont jamais gouverné seuls ou en position dominante. Ils ont été choisis aussi (peut-être surtout) pour ça… ce qui rend ce résultat si éloquent ! En Europe et aux Etats-Unis, il y a une prime impressionnante et souvent victorieuse en faveur de mouvements qui remettent en cause l’ordre établi par les partis traditionnels. Les partis sociaux-démocrates et conservateurs gouvernent depuis la guerre. Ils ont reconstruit l’Europe, en ont fait un havre de prospérité doublé d’un modèle social unique. Ils sont à bout de souffle, c’est une banalité de le souligner. Les Etats-Nations sont toujours le cadre institutionnel de l’expression démocratique mais ils ne sont plus le cadre pertinent pour traiter les enjeux d’aujourd’hui, environnementaux ou migratoires. Les écologistes, comme les nationalistes, ont ceci de commun : ils prétendent apporter une réponse à cette inadaptation. Les uns veulent dépasser l’idée des frontières, les autres veulent la restaurer. Le clivage écologiste/nationaliste n’est pas tout à fait un clivage droite/gauche réadapté. C’est plutôt un clivage, ouvert/fermé. C’est le clivage qui sépare d’un côté (côté fermé) ceux qui se considèrent menacés dans leur identité ou leur façon de vivre… ils habitent les petites villes et les campagnes, représentent ce que Finkielkraut appelleraient en France l’identité malheureuse. Et de l’autre côté (côté ouvert) des électeurs diplômés et citadins, à l’aise dans la mondialisation et qui entendent inventer de nouveaux mode de vie adaptés au monde d’aujourd’hui, à ses contraintes environnementales mais aussi à ses opportunités technologiques.

Qu’est-ce que cela pourrait donner pour la France ?

Tirons les lignes autrichiennes pour voir. Le problème c’est que chez nous, la structuration partisane, enserrée par nos institutions, ne permet pas vraiment d’envisager des convergences cohérentes pour une telle recomposition sur le mode ouvert/fermé. Du moins pour la partie ouverte. Pour les tenants de la fermeture, on voit bien, ils peuvent se regrouper autour du FN et de la droite de LR. De l’autre côté, (côté ouvert), LR nous offre une primaire d’hommes d’un classicisme achevé qui rivalisent en solutions d’autorité très XXème siècle. Rien de nouveau. Au PS tout est bloqué dans l’attente de la décision présidentielle de se représenter ou pas. De plus les socialistes n’en sont encore qu’à expérimenter douloureusement l’épuisement social-démocrate. Nos écologistes sont trop « politicards » pour incarner un quelconque renouvellement qui donne envie. Une personnalité telle que Nicolas Hulot pourrait peut-être, bien entouré, créer la surprise. Seulement la France n’est pas l’Autriche et le président français a autrement plus de pouvoir que le président autrichien. Nicolas Hulot, pour l’instant du moins, ne semble pas à même de porter sur ses épaules le poids régalien d’un Etat fort comme l’Etat Français. Mais Sanders, Trump, Tsipras et aujourd’hui Van Der Bellen et Hofer nous montrent que le plus sûr pour 2017… c’est l’inconnu. Il y a fort à parier que la finale de la présidentielle représentera, d’une façon ou d’une autre, cette alternative : ouvert ou fermé.

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