Ce matin vous vous intéressez à ce parti naissant : La République En Marche

Oui, parce qu’après tout c’est le parti présidentiel, celui qui a le plus de chance d’être majoritaire à l’Assemblée, et donc d’avoir un impact sur nos vies. Et pour l’instant on ne sait pas grand-chose de son identité politique. Il y a eu un programme présidentiel, puis législatif mais le Congrès fondateur aura lieu mi-juillet. D’habitude la doctrine précède l’accession au pouvoir, là, c’est le contraire ! C’est un homme, un discours, un peu un état d’esprit qui ont gagné, pas un parti ni même un horizon clair pour l’avenir. Mais, l’aventure devient collective, il va falloir trouver une cohérence à ce mouvement qui se construit en marchant. Tout est à inventer, mais la politique n’est pas affaire de génération spontanée. Ça vient de loin, de traditions, de confluences idéologiques. A ce stade EM n’est qu’une machine de guerre électorale. Mais philosophiquement, idéologiquement qu’est-ce qu’elle a dans le ventre cette machine ? Quelles sont ses racines, ses grands auteurs ? Jusqu’ici EM rassemble des modérés de tous poils, dans une sorte de vague amicale des pragmatiques, des positifs, des européens, autour d’un homme neuf.

En Marche a quand même des références historiques citées par Emmanuel Macron ?

Assez peu finalement. Quelques mots sont attachés à ce mouvement : bienveillance, optimisme, autonomie, libéralisme… des noms sont cités, Mendes-France, Rocard, de Gaulle mais il semble que ce soit plus pour leur stature et le respect qu’ils inspirent que pour s’inscrire dans leur pas politique (Mendes et de Gaulle, ce serait d’ailleurs contradictoire à bien des égards). On nous dit que le macronisme serait plus Girondin que Jacobin mais Emmanuel Macron ne lésine pas sur les symboles d’un Etat central et vertical... L’ensemble dessine un bouquet idéologique bigarré qui permet sans doute de conquérir le pouvoir, même de réformer, un temps, mais pour véritablement révolutionner le monde politique, il va falloir que ce parti travaille à développer un corpus idéologique plus solide. Sous peine de n’apparaitre que comme un fan club, un rassemblement de bonnes volontés sans colonne vertébrale et sans vision globale JL Mélenchon va même jusqu’à dire méchamment (et même insultant) un « ramassis ». Le phénomène serait alors de courte durée et Emmanuel Macron serait vite classé au rang subalterne des présidents gestionnaires ou comptables. Le PS et LR ont cessé de produire de l’idéologie. Ils ont externalisé leur cerveau dans des fondations et des think tank (Terra Nova, la fondation Jean Jaurès, l’Institut Montaigne). Ils y piochent mais ont perdu en cohérence et en visions partagées. Les proches de Macron ont l’ambition, après les législatives d’effectuer, en leur sein, ce travail conceptuel, sous l’égide du Président et même de mener une bataille culturelle contre les déclinistes, les moroses, les pessimistes conservateurs de tous bords. C’est un début. Dans le même temps, la France Insoumise de JL Mélenchon va aussi faire ce travail de production idéologique dans le cadre de la rénovation du paysage politique. A droite et à l’extrême-droite on en n’est pas encore là. La décomposition n’y est sans doute pas encore assez avancée mais leur tour viendra, parce que nous vivons un mouvement tectonique politique irrésistible, aussi passionnant qu’incertain.

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