**La taxe carbone est donc repoussée... Quelles en sont les conséquences politiques, Thomas ?Elles sont importantes parce qu’elles torpillent aussi la spécificité sarkozyste version 2007. La taxe carbone, c’était une promesse faite, avec de grands accents volontaristes par le candidat Sarkozy à Nicolas Hulot pendant la campagne électorale. Rappelons que les sondages donnaient au producteur d’Ushuaia entre 10 et 15 % au cas où il se présenterait. C’est dans ces conditions que Nicolas Sarkozy avait promis d’instaurer la taxe carbone, sorte de sceau « hulotien, », « certifié éco-compatible ». Au moment du débat sur la taxe carbone, pour justifier de la réalité de sa conversion à l'écologie, le Président n'avait pas hésité à la qualifier de «révolutionnaire». Il l'avait accompagné des inévitables «c'est du jamais vu», «personne n'avait fait ça avant»... Mais la loi, déjà très allégée (17 Euros par tonne de Co2 au lieu des 32 euros comme plancher envisagés au début de la discussion) était, en plus truffée, d'exceptions comme l’a souligné cruellement le Conseil Constitutionnel. Les professionnels de la route, les agriculteurs, les pêcheurs, plusieurs types d'industries en était exemptés... la loi n’était, en plus, pas acceptée par le Medef et par le PS. Mais ceux qui font reculer le président aujourd’hui ce sont les députés UMP. Il faut bien prendre la mesure de ce renoncement, il est aussi gigantesque et significatif que les qualificatifs, les superlatifs insensés qui l’avaient accompagné. Le président avait comparé l’ampleur de cette mesure à l’abolition de la peine de mort, la décolonisation ou l’instauration de l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel ! Prenons les mots du président pour ce qu’ils sont : qu’aurait-on dit si François Mitterrand avait décidé de rétablir la peine de mort après l’avoir abolie parce que les élections municipales de 1983 furent calamiteuse pour la gauche avec, en plus la première percée du FN à Dreux ? Le problème politique initial vient du décalage entre le discours et la réalité. Le député Lionel Lucas ne disait d’ailleurs pas autre chose sur France-Inter, tout à l’heure à 6H45. Ce recul est aussi le signe de la fin de la triangulation ! De la triangulation ?Oui, vous savez, la triangulation c’est cette tactique politique élaborée par Tony Blair au début des années 90. Cette stratégie consiste à s’emparer des thèmes, des symboles et parfois du vocabulaire de ses adversaires, non pas pour les singer ou leur voler leur solution mais pour brouiller leur discours, mettre le souk dans leurs concepts et récupérer une partie de leurs électeurs. Arriver à citer Blum et Jaurès dans un discours de facture plutôt libérale ou affirmer vouloir transformer l’économie française par l’instauration d’une « croissance verte », représente des exemples de triangulation. Nicolas Sarkozy, admirateur du stratège Blair avait mis en œuvre cette stratégie. En matière d’environnement c’était, au fil des mois, devenu beaucoup plus qu’une stratégie mais, semble t-il une conviction nouvelle et profonde. Il fallait agir pour favoriser une « croissance verte ». Mais Aujourd’hui, il fait un constat et sa majorité l’y aide bien : si la triangulation avait effectivement bien marché sur les électeurs du FN au moment de l’élection présidentielle, elle a échoué avec les électeurs écologistes aux européennes. Aujourd’hui, que Jean-François Copé soit à la manœuvre avec les parlementaires de l’UMP pour saborder cette mesure phare et symbolique du sarkozysme veut simplement dire que le patron du groupe majoritaire est en train de prendre l’ascendant stratégique et idéologique sur la droite .**

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