Christine Angot face à François Fillon hier soir dans l'émission, il s’est passé quelque chose de rare…

Oui Christine Angot a traité François Fillon de malhonnête et fait part de son dégout sans retenue. Sa parole très brute et directe était, dans le cadre d’un débat politique, face à un possible futur président, totalement déplacée et inconvenante. Déplacée et inconvenante au sens littéral de ces deux termes parce que généralement ils n’ont pas leur place dans le débat politique. Ils sortaient des standards habituels et furent source de grande violence mais aussi, certainement pour beaucoup de citoyens, atterrés depuis des semaines, source d’une certaine forme de soulagement. Soulagement qu’enfin les choses soient dites en face. L’inconvenance de l’écrivaine produisait, paradoxalement, un moment de vérité. Christine Angot n’a pas fait la morale, elle a répondu aux "Et alors ?" de François Fillon sur l'affaire des costumes. Le candidat, lui, opposait sa ligne de défense classique : il disait que les accusations sont fausses, que les services de l’Etat, Elysée en tête, ont monté cette machination... Il s’abritait derrière la présomption d’innocence. Ce qui est tout à fait normal mais le respect de la présomption d’innocence n’empêche ni la presse de mener son enquête ni la population de porter un jugement (non pas judiciaire) mais personnel, politique.

Christine Angot ne s’est pas embarrassée de la présomption d’innocence.

Non et elle l’a souligné elle-même, à la fin de la séquence : ce qu’elle venait de faire ne peut pas être fait par un responsable politique, même un opposant (on l’a bien vu lors du débat), ni même par les journalistes. Les journalistes doivent livrer des faits, des analyses, même parfois des analyses orientées pour faire vivre la diversité des opinions, mais certainement pas sortir leur trippes, étaler leur ressentis. Or, l’élection approche. Le scrutin aura lieu avant la conclusion du processus judiciaire, et donc, avant que François Fillon soit innocenté ou condamné. L’électeur, dès lors, se sent piégé ! Et il doit se débrouiller avec ce ressenti. Quiconque a été au bistro, à la cantine de son entreprise, a participé à des réunions de famille, discuté avec les clients et les commerçants en faisant son marché, ces dernier mois, a entendu exactement et partout ce que Christine Angot exprimait hier soir et qui n’est jamais formulé de la sorte dans les médias par les acteurs du débat public, parce que, heureusement, il y a des convenances élémentaires à respecter. On peut estimer que la violence et l’outrance du propos de l’écrivaine aidera François Fillon dont, justement, l’un des axes de défense est la victimisation. On peut aussi penser que cette parole brute trouvera –auprès d’un public dégouté- un écho parce que Christine Angot aura su traduire en mots (et après tout c’est aussi le rôle de l’écrivain) des sentiments, des impressions répandues dans l'opinion. Nous avions là la vérité du ressenti qui accuse François Fillon face à la vérité d’une procédure judiciaire qui abime son image par la mise en examen mais qui en même temps le protège temporairement via la présomption d’innocence et les délais de la justice. Ces deux vérités se sont fracassées l’une contre l’autre hier soir au cours de cet échange d’une intensité dramatique incroyable. Nul ne peut savoir quel en sera le résultat politique pour François Fillon.

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