Vous revenez sur un aspect de l’interview de Marine Le Pen hier : le cas des eaux usées…

Oui parce que l’argument des eaux usées, développé à l’envie par la patronne du RN, est un cas d’école. En ce moment, l’idéologie disparait de la vie publique, écrasée par la pandémie et son lot de conséquences concrètes. Certes, la gauche (et aussi Marine Le Pen) critique le libéralisme qui fragilise notre système de santé, la droite fustige une administration pesante, incapable d’agilité contre le virus. Mais le gros du débat se concentre sur la pertinence des choix du président. La fermeture des commerces, la mise sous cloche du monde de la culture provoque mécontentements et sentiments d’injustice. Les décisions parfois erratiques, la promesse sans cesse répétée (et donc qui ne semble jamais arriver) de vaccinations massives, offrent un champ de bataille aisé pour les oppositions. Cette période de pic de la pandémie, ce sentiment d’échec, sont très utilement mis à profit, de tous bords. Les Francais  pestent, l’opposition entend traduire cet état en proposant des solutions prétendument de bon sens. Le fameux bon sens ! Plus d’idéologie, juste le procès en incompétence ou en déconnexion. La crise de la Covid convient parfaitement à la stratégie du RN : les solutions forcément désidéologisées font oublier les sujets clivants et servent aussi l’entreprise de dédiabolisation… 

Et c’est là qu’interviennent les eaux usées. 

 Voilà… Marine Le Pen accuse le gouvernement de ne pas généraliser la recherche des traces du virus dans les eaux usées de nos villes pour déterminer les endroits très précis (quartiers, immeubles, dit-elle) qui seraient des foyers, afin d’appliquer des mini-confinements stricts. Cette technique permettrait de tout rouvrir ailleurs. Bien sûr ce n’est pas si simple ! La technique nouvelle est, certes, prometteuse. Elle permet de détecter assez tôt des zones de contamination, d’évaluer l’efficacité de telle ou telle mesure (comme le couvre-feu par exemple) mais certainement pas de mettre au point un dispositif de confinements assez ciblé et fiable qui permettrait une réouverture en masse, explique Vincent Maréchal, professeur en virologie, l’un des concepteurs du procédé.  Marine Le Pen procède ici de façon assez classique. Il s’agit de prendre une solution potentielle et d’expliquer que si elle n’est pas mise en œuvre, c’est par incompétence et manque d’imagination du pouvoir. L’avantage de cette stratégie grossière, c’est qu’une partie de la population, avide de solutions, aura tendance à précipiter son espoir sur la moindre piste qui lui serait exposée simplement. On a coutume de dire, quelque soit la crise (terrorisme, migratoire, économique et sociale), que l’actualité sert Marine Le Pen. Ce constat pourrait conduire à penser que le RN fait le bon diagnostic de la marche du monde. En réalité, les situations complexes avantagent les réponses simples. Les présidentielles, depuis Nicolas Sarkozy, ne se jouent plus sur l’orientation idéologique mais sur la promesse d’en finir avec l’impuissance publique. La désidéologisation imposée par la Covid ne fait qu’accroitre cette tendanc

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