Les socialistes ont-ils touché le fond ? Ils y sont au fond et le problème, c'est qu'au fond, il y a de la vase et quand on donne un coup de pied dans la vase pour remonter, on s'enfonce ! Pour sortir de la vase, c'est-à-dire éviter la scission, il y a deux solutions : soit une direction bicéphale Aubry/Royal qui répondrait à l'incroyable résultat du vote. Cette solution parait aussi probable que de voir Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin partir au ski ensemble à Noël ; soit, deuxième solution, revoter. La réaction la plus digne et la plus efficace de la part de Martine Aubry eut été de demander aux militants un autre vote et une vraie victoire plutôt que de se contenter d'un résultat douteux annoncé par l'un de ses proches en pleine nuit vendredi. De la même façon, Manuel Valls, pour Ségolène Royal, n'aurait pas dû menacer de porter l'affaire devant la justice avant de connaître la décision des instances dirigeantes demain soir. Ça a un arrière goût de sécession ! Par ces deux manquements, les deux candidates ne se sont pas montrées à la hauteur du drame politique que vit leur parti ! Elles n'ont visiblement pas su lire ce que les militants leur ont dit en trois scrutins. Parce que le corps électoral est un corps vivant qui s'exprime et qui fait passer des messages souvent très cohérents, à ce stade. Il faut relire ces messages et d'abord celui du vote sur les motions, celui d'avant le congrès de Reims. L'analyse était simple (tout le monde l'a faite) : les militants socialistes ont dit « nous voulons du renouvellement (c'est Royal en tête), nous ne tranchons pas la ridicule rivalité chez les jospiniens, tout en leur donnant quand même 50% (c'est l'égalité quasi parfaite Aubry/Delanoë), nous voulons une radicalisation du discours (bon score de l'aile gauche avec Hamon). Le congrès n'a rien su faire de ces messages qui réclamaient des dirigeants du PS un peu d'abnégation et d'imagination - c'est-à-dire l'impossible face à la rage de l'ambition. En gros, ils ont raté leur congrès et répondu aux électeurs : « nous n'avons pas su trouver une ligne politique, tant pis, vous n'avez qu'à voter sur les personnes et on fera le reste après ». Hé bien non, le corps électoral du PS a dit non ! A pile ou face, les socialistes ont réussi cet exploit de faire tomber la pièce sur la tranche. Les votes pavloviens ou truqués de quelques sections verrouillées dans les grosses fédérations n'ont fait que salir le scrutin, ils n'ont pas changé le message. Le corps électoral du PS n'a pas accepté de voter pour une primaire de présidentielle. Le hasard ou la magie du scrutin, ou le dieu de la démocratie a traduit cette révolte des militants en mettant les candidats égotiques dans une situation impossible ! Situation impossible, mais il faudra bien qu'ils s'en sortent quand même. Et ils finiront sans doute par trouver l'acrobatie nécessaire pour ne pas s'enfoncer dans la vase. Mais (à moins que demain soir, après recompte, tout le monde se mette d'accord sur un 52 ou 53%) encore une fois, ça ne peut sans doute que repasser par un vote. Ce sera compliqué à organiser - dans cette hypothèse on imagine que Benoit Hamon demanderait que le premier tour aussi soit rejoué - mais il parait impossible que ce parti sombre au moment où l'histoire valide plutôt ses thèses. Et, enfin, une dernière réflexion : vous vous souvenez, dans les années 80' 90' il était de bon ton d'en appeler à une féminisation de la politique, certains disaient même (avec une sorte de sexisme politiquement correct et condescendant) que les femmes ont un autre rapport au pouvoir, qu'elles apporteront une autre vision, plus humaine, plus proche des préoccupations des gens ; Martine Aubry et Ségolène Royal apportent surtout un beau camouflet à cette façon d'envisager le rôle des femmes dans la vie publique. Elles nous prouvent aujourd'hui qu'hommes et femmes approchent vraiment de l'égalité en politique.

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