**Martine Aubry a déclaré ce week-end que l’élection de 2012 se jouerait sur les valeurs.Oui, en réalité personne ne peut l’affirmer. On ne peut pas prévoir, deux ans et demi avant l’élection, quel sera le débat dominant. En 2002, la sécurité avait parasité la campagne, en 2007, la sécurité avec les événements de la gare du Nord avait aussi joué un grand rôle, pour le plus grand bénéfice de Nicolas Sarkozy. Alors même s’il retourne aujourd’hui en banlieue sur ce thème, on peut douter qu’il puisse refaire indéfiniment le coup de la sécurité parce qu’il sera quand même en charge du dossier depuis près de 10 ans en 2012, ça va commencer à se voir ! Mais en 2007, c’était plutôt le travail et le pouvoir d’achat qui avait occupé les discours et les esprits avec le volontarisme affiché du futur vainqueur. Il avait réussi à imposer le thème de sa campagne à la campagne tout court et Ségolène Royal avait échoué à généraliser le débat autour de la modernisation de la vie politique (c’était la démocratie participative). Donc, pour 2012, on verra, l’état des finances publiques imposera peut être un débat dominant sur la fiscalité. Mais en attendant 2012, le PS, et Nicolas Sarkozy ont donc décidé de nous embarquer dans un débat sur les « valeurs ». Martine Aubry l’a affirmé avec force le week-end dernier, elle pense que les valeurs de la République sont menacées par Nicolas Sarkozy. Nicolas Sarkozy de son coté alimente le débat sur l’identité nationale. Mais, c’est quoi les valeurs ?Alors il y a un sondage très intéressant ce matin dans la Croix. Il nous révèle que pour les français, les fondements de notre identité sont d’abord: les droits de l’homme 96%, la langue française 95%, la protection sociale 94%...la laïcité 80… en gros quelque chose comme Liberté, Egalité, Fraternité… la République quoi ! Et même la République sociale. Il y a, en réalité, dans notre pays (que nous nous plaisons toujours à croire diviser) un consensus sur quelques grands principes fondateurs. Le débat sur les valeurs est donc une fabrication, une facilité pour les politiques en mal de projets. Les valeurs affichées par les uns et les autres permettent de se différencier, le poids de la sécurité ou de l’égalité face à celui de la liberté. Ça permet d’accuser l’autre de s’écarter du consensus républicain. Ces jours ci le débat porte donc sur les droits des homosexuels et sur l’ampleur de la régularisation des clandestins. Et à quoi assiste-t-on ? Après plusieurs années de triangulations tactiques. Nicolas Sarkozy avait pratiqué l’ouverture à gauche et Ségolène Royal avait tenté de ravir le thème de l’autorité et de la nation à la droite… hé bien l’on assiste en ce moment à un retour aux fondamentaux. C’est la crise, on investit dans les valeurs refuges…Chacun remet ses vieilles charentaises idéologiques, droite et gauche retrouvent leurs gros reflexes confortables et ça donne ceci : sur les homosexuels, la droite qui avait pourtant renforcé le PACS invoque maintenant la sacro-sainte famille, le papa/maman nécessaire pour s’opposer à l’adoption par un couple du même sexe. La gauche qui avait été timide et divisée sur cette question d’adoption se déclare pour le mariage homosexuel et donc la possibilité de l’adoption. Sur l’immigration, Martine Aubry prône à nouveau (ce n’était plus le cas depuis la fin des années 90) de « larges » régularisations de sans-papiers et la droite décrète la chasse au travailleurs au noirs. Il y a dans ce retour aux classiques une part de posture stratégique mais aussi une certaine clarification, peut être un peu manichéenne mais devenue sans doute nécessaire parce qu’après tout, la démocratie c’est le choix et le choix ce sont les différences.**

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