Oui, le off c’est le terme journalistique qui désigne ces discutions informelles que l’on peut avoir avec des responsables politiques, discutions dont on n’est pas censé reproduire la teneur. Quand il y a un sommet international, le président fait, ce que l’on appelle un « briefing off » pour parler un peu plus librement de questions diplomatiques et stratégiques, on parle aussi, inévitablement de politique intérieure et de l’actualité en général. Ce sont des OFF assez poreux, par définition, parce qu’il y a beaucoup de monde... La règle et l’esprit de la règle sont bien comprises de tous. A Lisbonne, il y avait donc un briefing off. Il se trouve que répondant à une question sur l’affaire Karachi le président a fait une analogie, bien à lui, pour bien faire comprendre son sentiment d’injustice d’être désigné sans preuve à propos d’éventuelles rétro-commissions qui auraient financées le candidat Balladur en 95. Le président a donc dit à un journaliste, je cite : « Il semblerait que vous soyez pédophile... Qui me l'a dit ? J'en ai l'intime conviction. Les services. De source orale ». C’est bien sur une image, la démonstration par l’absurde conclue par un retentissant « Amis pédophiles, à demain ! » qui, aujourd’hui fait la Une de libération et est dans toute la presse. Chacun jugera du degré de franchise, d’humour, de finesse ou même de "pétage de plomb" que ces propos reflètent... Toujours est-il que le off présidentiel est désormais mort et enterré. **Et comment en est-on arrivé là, Thomas ?Le off n’est pas une pratique codifiée ni codifiable. Il y a une sorte de gradation du off, bien comprise de tous. Quand un député vous fait une confidence en vous disant « c’est off », ça donne « dans l’entourage de..., on pense que...» ; c’est, disons, du « off » un peu "passoire". Ce peut être, bien sûr, une façon pernicieuse d’insinuer, de manipuler mais le off permet aussi de décrire une certaine réalité des rapports de forces. Au PS, par exemple en ce moment, off, Martine Aubry et Ségolène Royal ne disent plus du tout de mal l’une de l’autre, en revanche, je peux vous dire que off, ça ne va pas du tout entre Martine Aubry et François Hollande... ce n’est pas passionnant, c’est vrai, mais ça abreuve les pages « confidences » des hebdos et c’est très lu ! Une information vraiment off est délivrée devant une petite poignée de journalistes (4 ou 5 au plus) avec ce genre de consigne acceptée des deux cotés «c’est off de chez off, pas un mot». Dans le cas de l’algarade de Lisbonne il y avait une attitude présidentielle étonnante et révélatrice qui, par elle-même était une information qui ne pouvait de toute façon pas rester off. En outre le off nécessite une confiance mutuelle qui est, en ce moment mise à mal entre le Président et les journalistes. Le président prend la presse pour une annexe de l’opposition et la presse trouve que le président prend trop de liberté avec la vérité. Quand le président s’exprime « on », comme mardi dernier à la télé, la presse, (toute la presse) fait des pages intitulés « desintox » ou « les mensonges du Président » tellement le Président semble privilégier l’effet rhétorique immédiat à la véracité de son propos. Quand il s’exprime off, ça donne des propos encore plus relâchés. (D’ailleurs, sur tout ce qui a été dit par le Président à Lisbonne sur le fond de l’affaire Karachi, il faut aller voir le décryptage de Benoit Collombat, en détail sur le site de France Inter, voir lien plus bas). Mais au moment où, nous dit-on, Nicolas Sarkozy voulait prendre de la hauteur, c’est encore raté.### liens

Le "off" de Sarkozy sur l'attentat de Karachi**

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