Et maintenant des questions se posent sur l'état d’urgence.

En fait, pas vraiment. Quelques voix s’élèvent, à gauche de la gauche, chez certains juristes et militants des droits de l’homme. Mais l’écrasante majorité de la population est très demandeuse de sécurité après le choc du 13 novembre. Toutes les enquêtes, toutes les conversations, le montrent. Les Français sont prêts à sacrifier des libertés pour plus de sécurité. Surtout que les libertés que le commun des mortels doit sacrifier ne sont pas les plus importantes. On peut s’exprimer, se déplacer, vivre quasiment normalement. Seule la liberté de manifester est suspendue. La principale entorse à l’état de droit, c’est la perquisition administrative. Arme certainement très utile pour la police dans les moments que nous vivons, mais à cause de son caractère dangereusement discrétionnaire, cette arme ne peut être que temporaire si l’on veut rester en démocratie. Cette entorse à l’état de droit ne touche pas la masse de la population. Le risque, c’est donc qu’on s’y habitue. Les Français pourraient réclamer son prolongement au gouvernement qui ne voudrait pas avoir l’air faible. Pourtant on sait (comme le disait hier le juge Trévidic) que l’efficacité de l’état d’urgence s’amenuise au fil des semaines. Il est donc bon qu’une poignée de députés ne l’ait pas voté. Juste pour rappeler que s’il est nécessaire, l’état d’urgence doit être soumis à une vigie démocratique.

Dans cette affaire, certains s’étonnent de l’élan sécuritaire de la gauche…

Décrire la gauche comme laxiste est une idée reçue. En réalité, l’histoire de la gauche au pouvoir montre le contraire. Ça commence avec Clemenceau, député de gauche (et même d’extrême gauche à ses débuts) qui, devenu ministre de l’Intérieur, combat, d’une main de fer dans un gant de titane, le banditisme et les groupes anarchistes. Après la guerre, le socialiste Jules Moch crée les CRS et n’hésite pas à s’en servir lestement. F.Mitterrand, ministre de l’Intérieur, puis de la Justice au début de la guerre d’Algérie (on l’a oublié), n’était pas du tout une colombe ! C’est vrai que dans les années 70 et 80, le discours du PS n’était pas sécuritaire. Il l’est devenu avec L.Jospin à Matignon. Les responsables de gauche, en devenant élus municipaux à grande échelle dans les années 90, se font vite déniaiser par leurs administrés sur ce sujet. Ils s’aperçoivent que l’insécurité n’est pas qu’un instrument surutilisé par la droite pour gagner les élections (cf. 2002) mais que c’est aussi une réalité de terrain. Aujourd’hui, les élus PS suivent M.Valls qui a comme modèle Clemenceau. Voilà pourquoi il n’est pas superflu qu’une gauche un peu alternative, que des libéraux se fasse entendre, et rappelle que le but – au bout du compte- c’est quand même de maintenir une société libre et ouverte. Le pire serait d’oublier la valeur essentielle d’un Etat de droit construit pavé par pavé, souvent armes à la main, sur les barricades, au cours du XIXème siècle, justement, dans les quartiers de Paris, ceux-là mêmes qui ont été attaqués le 13. La Marianne de la place de la République, autour de laquelle on pose des petites bougies en ce moment, en est d’ailleurs l’emblème.

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