Vous revenez ce matin sur deux tweets de François Fillon qui vous paraissent significatifs…

Oui, ils ont été postés hier, je vous les lis « je crois à la famille, à l’autorité de l’Etat. Ces sujets font rire à l’intérieur du périphérique, mais ils sont dans le cœur des français » et l’autre : « un microcosme pense avoir la vérité sur tout et parler au nom du peuple français ». F.Fillon se met dans les pas hors système de N.Sarkozy. Pourquoi ? Sans doute parce que l’ancien président pèse 20% de l’électorat de la primaire et que pour battre à plat de couture son rival, il lui faut un report maximum. Mais quand on a recueilli près de 2 millions de voix d’un électorat composé pour moitié de retraités plutôt aisés, expliquer qu’on est la vox populi est assez osé. François Fillon

est quand même député de Paris… L’opposition Paris/Province, l’opposition élite/peuple avec ces critères sociologiques et géographiques (mais certainement pas sociaux) est assez pratique parce que personne ne se reconnaitra dans la catégorie fantasmée et dénoncée. Fustiger avec ces mots, devenus des poncifs populistes, un groupe qui ne comporte aucun membre revendiqué, comme s’en prendre aux bobos, assure un succès sans risque de se voir poursuivi par une quelconque fédération nationale des élites déconnectées intra-périphérique parisien, ou par SOS bobophobie. Donald Trump n’a fait que ça pendant sa campagne, il a gagné. Nicolas Sarkozy s’y est essayé et il s’y est cassé les dents parce qu’en France c’est le FN qui a déposé la méthode depuis longtemps.

François Fillon ne nous avait pas habitué à cette rhétorique.

Non, et d’ailleurs 25% des électeurs de gauche ayant voté au 1er tour de la primaire à ont glissé un bulletin Fillon pour sanctionner le populisme sarkozien ! Bien que conservateur et austère, François Fillon bénéficie (bénéficiait ?) d’une image d’homme droit, ne cédant pas aux facilités de la démagogie. Pendant ces deux ans de campagne, le député du quartier le plus riche de Paris a sillonné méthodiquement la France. Il a perçu, dans le cœur électoral de la droite, un ras le bol… Une fracture entre une population urbaine à l’aise dans son temps et une population de villes moyennes (et surtout plus âgée) qui se sent bousculée, moquée de ne pas emboiter le pas aux transformations sociétales. Mais c’est une chose de prendre en compte cette fracture réelle, s’en est une autre de s’en servir, quitte à l’accentuer, en laissant penser que les défenseurs du mariage homosexuel (parce que il s’agit de ça, bien sûr) ne sont pas attachés aux valeurs familiales, ou même les détruisent. On peut être en faveur de l’union de deux hommes ou de deux femmes, considérer même qu’ils peuvent élever des enfants et être très attachés justement à l’idée que la famille est un échelon essentiel pour l’équilibre de la société. Dénier cette autre réalité, c’est fracturer un peu plus la société. François Fillon s’approche à grand pas du pouvoir. La route vers l’Elysée lui est grande ouverte. Il peut l’emprunter en rassembleur…ou en diviseur. C’est parce qu’il avait l’air d’avoir choisi la 1èresolution qu’il a éliminé à plat de couture Nicolas Sarkozy. Il semble maintenant emprunter l’autre voix. Cette stratégie ne lui ressemble pas. Ou alors on le connaissait mal.

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