Parce qu’il s’agit d’un phénomène de société d’une ampleur civilisationnelle qui oblige les responsables politiques à réfléchir aux moyens de répondre à cette violence enfin mise au jour et à la canaliser juridiquement.

La prise de conscience dépasse, pour une fois, les clivages. Plus personne pour minimiser et parler d’opération d’émasculation de la société ! Les politiques sont au premier rang, parce que l’esprit de propriété d’un sexe vis-à-vis de l’autre est directement lié au pouvoir. A tous les pouvoirs, à tous les niveaux et dans tous les domaines. Les politiques sont, par essence, au cœur du sujet parce qu’ils sont LA représentation du pouvoir. Ce réveil des consciences va entraîner des changements dans les rapports sociaux et privés. Le législateur s’interroge déjà. Comment adapter la loi ? Il y a 50.000 viols chaque année en France alors que seuls 1048 condamnations ont été prononcées en 2015. Le parcours judiciaire des plaignantes est souvent une autre violence, décourageant et parfois même culpabilisant. 

Ces sujets soulèvent beaucoup de questions juridiques

Oui, comment éviter les abus de la délation, comment mieux différencier le lourdaud, le Jean-Claude Dus qui tente tout sans retenu, du prédateur, sans négliger, quand même, de contraindre le 1er ? Comment ne pas céder, pour une fois, à la législation d’affichage ? C’est-à-dire annoncer des lois pour répondre à un fait d’actualité, même si là, il s’agit aussi d’un fait de société. Une bonne loi est une loi applicable. Le flagrant délit de harcèlement de rue évoqué en ce moment … Est-ce applicable, comment ? 

Mais même si, comme tout le monde, les politiques sont sidérés par la soudaineté de cette libération de parole, beaucoup d’entre eux disent avoir vu des signaux faibles pendant la campagne… Les candidats, comme Jean-Luc Mélenchon ou Emmanuel Macron, qui ont fondé une partie de leur campagne sur des plateformes destinées à faire remonter les préoccupations des citoyens,  ont vu apparaître, clairement et massivement, ce sujet de la violence sexiste.

C’est fort de ce constat qu’une personnalité comme Marlène Schiappa, pourtant jugée féministe de combat, a été choisie comme ministre. «Pendant la campagne, quand elle s’exprimait, elle déclenchait des tonnerres d’applaudissements», remarque une proche d’Emmanuel Macron. Mais l’enjeu le plus important c’est la prévention. Comment les pouvoirs publics peuvent-il, en amont, accompagner et favoriser une transformation profonde et rapide des rapports sociaux là où des millénaires de machisme et de patriarcat ont façonné les êtres et les groupes ? 

C’est un travail long qui commence par l’éducation

Rétrospectivement, il faut reconnaître au gouvernement précédent, qui a été  outrageusement caricaturé sur cette question, que les abcd de l’égalité dans les plus petites classes, destinés à casser les stéréotypes et non pas, comme on l’a dit, à « dé-genrer », étaient une réponse adéquate et nécessaire. On attend d’ailleurs avec impatience les propositions de Jean-Michel Blanquer sur ce sujet ! Il est prévu un discours d’Emmanuel Macron demain samedi sur l’égalité femme-homme. Il faut espérer qu’il parle aussi d’éducation ! Comme pour l’écologie, il y a une prise de conscience, elle est générale et toujours trop lente, par à-coups…mais elle est !

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