Dimanche dernier les Allemands ont célébré les 15 ans de pouvoir d’Angela Merkel. Une stabilité que la France envie ! La force d’Angela Merkel, pourtant à la tête d’un pays fédéral et parlementariste qui accorde moins de pouvoir au chef de l’exécutif, devrait nous interroger.

Angela Merkel chancelière allemande depuis 15 ans
Angela Merkel chancelière allemande depuis 15 ans © Getty / Kay Nietfeld/picture alliance

Une stabilité que la France envie !

Une stabilité et une popularité paisible ! Parce qu’au fond, depuis les dix ans de pouvoir du Général de Gaulle, notre système politique, ou notre caractère national n’a jamais fait réélire un président. François Mitterrand et Jacques Chirac n’ont été réélus qu’à l’issue d’une cohabitation, dans la situation avantageuse de chef de l’opposition avec l’aura du chef de l’Etat. 

La stabilité et la force d’Angela Merkel, pourtant à la tête d’un pays fédéral et parlementariste qui accorde moins de pouvoir au chef de l’exécutif, devrait nous interroger. La situation politique allemande et ses résultats, notamment sur le front de la pandémie, sont dus, sans doute, à une bonne forme économique, au tempérament discipliné de son peuple mais également à son organisation institutionnelle décentralisée à qui demande du compromis politique et territorial. 

Il y a aussi un facteur qui tient à la psychologie des nations. Un domaine quelque peu scabreux qui peut mettre en jeu bien des stéréotypes. Toujours est-il que nos histoires, nos traumatismes au XXème siècle, ne sont pas du même ordre. Nous, Français, depuis la débâcle, blessure d’orgueil jamais refermée, nous avons une sorte de complexe d’impuissance… qui parfois tourne au ridicule. 

Nos présidents sont, comme le dit Obama dans ses mémoires s’agissant de Nicolas Sarkozy, l’archétype des petits coqs gonflant les plumes. Les règles de notre élection présidentielle favorise d’ailleurs celui (jamais encore celle) qui promet de changer les choses, plus avec son caractère volontariste qu’avec sa politique. Bien sûr comme aucune solution à nos problèmes ne peut venir que de la volonté d’un homme, nous sommes vite déçus et changeons de président pour un nouveau qui nous dira encore ‘moi je peux’… 

En Allemagne, le complexe est inverse

L’Allemagne a peur de sa propre puissance. Ou tout du moins (puisqu’elle est puissante et s’en satisfait) de l’image de sa puissance à l’intérieur et à l’extérieure. Le leadership politique doit être calme, tempéré si possible, éviter l’affrontement. Dans un monde complexe et ouvert, il semble que ce soit plus efficace. Plus apprécié en tout cas des citoyens allemands. 

Le président allemand inaugure les chrysanthèmes et le chef de l’exécutif (le ou la chancelière) est désigné par le Parlement devant lequel il ou elle est responsable. 

Les trois grandes actions qui resteront du mandat d’Angela Merkel sont l’abandon du nucléaire, l’accueil massif d’immigrants et enfin l’acceptation des 200 milliards du financement européen après la Covid

Trois actions qui ne sont pas raccords avec sa couleur politique… ce qui ne l’a pas empêchée d’être reconduite. Voilà qui prouve le niveau de compromis que peut atteindre la démocratie allemande. Le compromis, la décentralisation, une expression sans emphase, voilà le secret allemand, celui de Merkel, pour durer et s’attirer l’admiration planétaire. 

De quoi méditer sur notre façon, citoyens comme élus… d’appréhender la politique. 

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