La réforme des institutions promise par Nicolas Sarkozy pendant sa campagne attendra. Elle n'aura pas lieu comme prévu avant les municipales. La "rupture", le mot phare de la campagne de Nicolas Sarkozy, c'était cela aussi : une nouvelle idée du temps politique. Avant lui, sous les mandats chiraquiens notamment, le temps était une ligne, une ligne s'étirant à l'horizontal, une ligne sur laquelle le pouvoir politique venait imprimer sa marque, en y faisant quelques entailles : une action, une réforme, l'une après l'autre, espacées. Nicolas Sarkozy lui a toujours dit son intention de "comprimer" le temps politique. Le temps n'est plus une ligne pour lui mais un axe vertical qu'il s'agit d'escalader. Tout faire, tout de suite, a-t-il promis, tout mener de front, parce qu'il y a urgence, parce que s'arrêter, comme au vélo, c'est tomber. Travailler, travailler, travailler disait-il encore la semaine dernière, avancer. Et ça donne ce début de mandat au pas de course, voire au pas de charge. Et pourtant, pourtant depuis quelques jours, le temps et ses impératifs semblent à nouveau s'imposer à cet homme pressé. Ils le conduisent à d'inhabituelles et d'inavouables - ou d'inavouées en tout cas - reculades. La réforme des institutions en est le parfait exemple. Dans la lettre de mission qui installe en juillet le comité Balladur chargé de faire des propositions en la matière, Nicolas Sarkozy l'écrivait noir sur blanc : "je souhaite parvenir d'ici fin janvier à une modernisation du fonctionnement de notre vie publique". Et puis hier, c'est un des responsables du groupe UMP qui en fait maladroitement et un peu abruptement l'aveu : impossible, dit-il, de convoquer un Congrès avant mars. La réforme est donc repoussée après les municipales. Rien de grave ? Non, rien de grave, notre constitution fonctionne depuis 1958, elle continuera à le faire quelques mois encore. Mais pourquoi l'Elysée cale-t-il sur cette réforme ? Parce que l'urgence, c'est le traité européen modifié fait-on savoir dans l'entourage du président. BON. Parce qu'on s'est rendu compte qu'il y avait des vacances parlementaires pour les municipales ajoute-t-on, comme si c'était vraiment une découverte. SOIT. Parce qu'en fait, il n'y a pas de consensus sur les points essentiels de la réforme, et qu'il faut du temps pour en dégager, finit-on par admettre. Le mot est lâché. Oui, le temps sert à quelque chose en politique, "il faut laisser du temps au temps", forcément ça vous rappelle quelqu'un. Sur le nouvel équilibre président/premier ministre, sur l'innovation que pourrait représenter la possibilité pour le président de s'exprimer personnellement devant le parlement, sur une nouvelle limitation du cumul des mandats ou l'instauration d'une dose de proportionnelle pour l'élection des députés, le clivage droite/gauche perdure. Plus ennuyeux pour Nicolas Sarkozy, il divise aussi sa propre majorité. Une majorité décidément moins "godillote" que prévu. On a vu hier que le vote de la loi immigration était loin, très loin de faire l'unanimité, pour la première fois depuis 2002, une vingtaine de députés UMP s'est abstenue et une poignée a même eu l'outrecuidance de voter contre la loi Hortefeux. Difficile dans ces conditions d'être assuré d'obtenir une majorité des 3/5ème des voix, indispensable pour mener à bien une révision constitutionnelle. Le président a donc choisi provisoirement de ne pas brusquer ses troupes. Pause ou reculade ? Renoncement à une méthode de réforme ou apprentissage sage de l'exercice du pouvoir ? Chacun appréciera évidemment à sa manière la nouvelle tempérance de Nicolas Sarkozy. Qui découvre en tout état de cause à son tour, l'horizontalité du temps politique, ce temps lent qui présente le risque insidieux de vous faire passer très vite de la précipitation à l'immobilisme.

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