On a un peu l'impression qu'il y a une certaine pudibonderie naissante autour du métier de journaliste. Il y a eu - souvenez-vous - cette levée de boucliers contre le reportage et les photos de « Paris Match » sur les taliban qui avaient attaqué les soldats français. « Paris Match » qui revenait à sa grande tradition du document en zone de guerre, un peu plus informatif que les quasi publi-reportages sur le formidable couple Sarkozy ou -cette semaine- sur le si soudé couple Strauss-Kahn/Sinclair. Ces dernier jours, toujours dans la série, « excusez nous de faire du journalisme », ce sont deux polémiques qui ont France 2 comme théâtre. Il s'agit d'abord d'un reportage sur les paradis fiscaux. Pour illustrer ce thème, France 2 a décidé de diffuser un sujet sur le Luxembourg et d'inviter Jean-Claude Junker, son premier ministre. Le reportage montre que ce petit pays n'est pas toujours très regardant sur la provenance des fonds et rappelle que le secret bancaire y est une tradition locale. Il se conclut par une séquence, où le journaliste explique le mécanisme du blanchiment de l'argent sale. Le problème, c'est qu'il fait sa démonstration dans une laverie automatique. C'est peut-être un peu lourdingue mais assez explicite. Evidemment, le premier ministre Luxembourgeois est furieux, le reportage fait polémique et Arlette Chabot, la directrice de la rédaction, se sent obligée d'écrire une lettre rendue publique à Monsieur Junker pour s'en excuser ! Deuxième affaire : la polémique sur la série d'émissions « Les infiltrés ». Toujours sur France 2. Il s'agit pour des journalistes de dissimuler leurs fonctions et leur caméra afin de témoigner de faits et de situations qu'ils ne pourraient pas éclairer s'ils agissaient à visage découvert. Une partie de la profession, effarouchée, hurle à la faute déontologique et souligne que ce principe est mauvais sauf cas exceptionnel. En réalité, on pourrait dire le contraire : que ce principe est bon mais qu'il ne faut pas en abuser. Opérer dans l'ombre ou déguisé fait partie du métier de reporter. L'émission de France 2, consacrée à la maltraitance dans les maisons de retraites a rempli son rôle ! Des discriminations à l'embauche, à l'accès au logement, des scandales financiers ou écologiques ont été dévoilés grâce à cette méthode depuis des années. C'est comme ça qu'Albert Londres a dénoncé l'univers psychiatrique dans les années 20, que Günter Wallraff a révélé les conditions de vie des immigrés dans l'Allemagne des années 80'. C'est aussi une façon de contourner les communications officielles, parce que les budgets de communication dont disposent le gouvernement, les grands partis, les grandes entreprises, pour orienter l'avis des citoyens dans un sens qui sert leurs intérêts, ont explosé ces dernières années. La communication ripoline la réalité. L'information est censée la mettre à jour, et pour ça, il faut pouvoir parfois se cacher et souvent bénéficier de sources protégées. Sur ce dernier sujet, il existe un projet de loi assez inquiétant. Il concerne une dérive de l'atteinte au secret des sources. Souvenez-vous, il y a eu les récentes perquisitions à « Auto-plus », au « Canard Enchaîné », à « L'Equipe », au « Nouvel Observateur », au « Point ». La garde à vue de Guillaume Dasquié, fin 2007, sur une question de secret défense. Le texte prévoit que les journalistes aient le droit au secret de leurs sources, mais que la justice pourra leur demander de les dévoiler en cas, je cite « d'impératif prépondérant d'intérêt public ». C'est un terme trop vague pour assurer de vraies garanties. Il été prévu que la loi soit définitivement adoptée au début de l'année prochaine, mais elle est signée Rachida Dati et l'on peut raisonnablement penser qu'en janvier, la ministre de la justice ne le sera plus. Le projet a donc du plomb dans l'aile ! Les journalistes sont obligés, parfois, de compter sur des voies détournées pour atteindre leur but !

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