Samedi, avait lieu la convention d’investiture de François Hollande organisée par le PS.

Oui et l’analyse du discours François Hollande est riche d’enseignements. Tout se passe comme si le candidat socialiste était (pour tout ce qui touche à l’économie) en train de polir, voir d’atténuer doucement mais sûrement, le programme de son parti… et même le sien. L’aggravation de la situation budgétaire, les faibles prévisions de croissances et la perspective d’une dégradation de la note de la France, pèsent sur les mots du candidat. François Hollande montre un chemin qui va moins loin que celui qu’il promettait d’emprunter quand il n’était que candidat à la primaire, c'est-à-dire il y a à peine dix jours. Une analyse assez fine de son discours faisait dire au journal Le Monde , hier que le candidat socialiste tentait la synthèse entre François Mitterrand et Michel Rocard. François Mitterrand pour la stratégie et le style, Michel Rocard pour l’adéquation du discours à la situation économique. En 1981 François Mitterrand avait beaucoup promis et beaucoup déçu dès fin 82 avec un changement radical d’orientation imposé par l’état des comptes publics. François Hollande sait que les Français ont déjà vécu ces désillusions et bien d’autres, venues de gauches comme de droite.

Qu’est-ce qui vous fait dire qu’il est sur le point de modifier son programme ?

Plusieurs indices. D’abord François Hollande n’a pas évoqué une seule fois, samedi, son contrat de génération, mesure phare pendant les primaires mais jugée coûteuse par la droite et ses anciens concurrents du PS. Et puis il a changé d’argumentation pour justifier sa réforme fiscale. Pendant les primaires, cette réforme d’ampleur était censée être d’abord une réponse au problème des déficits. On comblerait les crevasses béantes de nos comptes grâce à la réforme fiscale. Dans le discours de samedi, la réforme fiscale n’était justifiée que par la nécessité d’instaurer plus de justice et d’égalité au moment où il faudra faire des sacrifices. Comme si Hollande convenait implicitement que la seule réforme fiscale ne suffirait pas à rétablir les comptes de la nation. S’il a réédité sa proposition d’embauche de 60.000 personnels dans l’éducation, il a bien pris soin de souligner aussi que cette dépense se ferait au détriment d’autres… On sentait de vrais morceaux de rocardisme dans le texte : ’’Je ne multiplierai pas mes propositions à mesure de mes rencontres avec les catégories", "Je ne serai pas le président qui viendra dire aux Français, six mois après, qu'il faudra changer de cap". Mais le petit détail qui tue le vieux programme d’il y a deux semaines est cette phrase passée inaperçue. Il brocardait la droite qui critiquait le chiffrage de ses propositions : « je ferai justice de ces accusations quand je présenterai ma plate-forme » dit-il… Tiens ! Il faut donc comprendre que le chiffrage actuel n’est pas le bon. Tout est là ! La plate-forme viendra en janvier et le programme de Hollande 2012 a toutes les chances de ne pas être d’extrême gauche… François Hollande, en réalité vient de réussir à gagner une primaire au sein de la gauche en se positionnant au centre gauche. Si ça passe quand il n’y a que la gauche qui vote, ça ne peut que mieux fonctionner quand tous les Français seront appelés à voter. Logique. Et puis, quitte à ce qu’il y ait un virage de la rigueur, autant qu’il ait lieu avant l’élection ! D’une certaine façon, abandonner ses promesses avant l’élection, c’est une bonne façon de ne pas les trahir après…

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