Ce matin, le rapport Gallois sur la compétitivité : un objet bien embarrassant pour le gouvernement ?

Oui, début novembre, le gouvernement devrait faire un tri très sélectif des recommandations de Louis Gallois. Derrière la commande de ce rapport, il y a un sous-entendu assez dévalorisant pour les politiques : on commande un rapport à une personnalité incontestable, respectée par tous pour prouver que l’on réformera sans arrière-pensées partisanes. Bref, on dit au Parlement : « pour savoir ce qu’il faut faire, nous nous adressons à de vrais spécialistes, pas à vous »… C’est en fait assez étonnant (mais habituel) qu’une équipe gouvernementale, composée de ministres restés dix ans dans l’opposition –on l’imagine- à préparer l’alternance, à préparer les mesures à mettre en œuvre le moment venu, soit obligée de demander ce qu’il faut faire à un expert. C’est une forme de décharge de responsabilité. Le plus surprenant c’est que le gouvernement se soit mis tout seul dans une situation impossible et si prévisible : le rapport Gallois proposera des réformes qu’il ne retiendra pas… et ça soulignera plus que de raison son impuissance ou son manque de volonté !

Par exemple, Pierre Moscovici a dit hier qu’il ne voulait pas de transferts de charges vers la CSG comme le rapport semble le préconiser !

Oui, les membres du gouvernement disent déjà qu’ils ne reprendront certainement pas les pistes de baisses de charges massives qui seront proposées. Tout se passe comme si la commande d’un rapport avait pour but premier de satisfaire l’exigence immédiate de la communication, pour rassurer les patrons et les marchés. C’est un peu comme quand, à un mariage, on se croit obligé d’inviter le cousin pénible. Ça fait plaisir à la grand-mère quand on l’annonce trois mois avant, mais après, c’est pénible pendant tout le repas ! Fallait y penser avant, fallait pas l’inviter ! On y est : Louis Gallois est à table. Le gouvernement ne peut plus y couper. Il ne faut pas attendre d’un grand patron de l’industrie, même de gauche, rompu aux enjeux de la compétitivité internationale d’autres conclusions que celles de la réduction drastique du coût du travail ! Gallois risque donc de pondre des conclusions inapplicables par un président qui représente une ligne politique bien précise. Il proposera ce qu’il estime répondre au plus juste à la question qui lui a été posée. Mais la vraie question que François Hollande aurait dû lui poser, ce n’est pas « comment rendre l’économie plus compétitive ? » mais plutôt « comment rendre l’économie plus compétitive sans que ça me coûte trop de municipalités, de régions et de départements aux prochaines élections intermédiaires de 2014 et 2015 ? » Une question comme celle là, Gallois ne sait pas y répondre. D’ailleurs personne ne sait y répondre ! Il y avait bien des précédents qui auraient dû instruire le Président. Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac avaient aussi invité des cousins pénibles et s’en sont mordus les doigts : Jacques Attali pour relancer la croissance en 2008. La quasi-totalité des recommandations de l’ancien conseiller de François Mitterrand a fini dans les poubelles du quinquennat Sarkozy. Jacques Chirac avait, lui aussi, fait un classement vertical des conclusions du rapport Pébereau sur la dette en 2005. On verra à 8h20 si Jean-Marc Ayrault arrive à nous convaincre que le pavé de Gallois ne rejoindra pas ceux de Pébereau et Attali au fond du panier.

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