Les atermoiements de la majorité lors de l’affaire Leonarda, et maintenant l’UMP qui veut revenir sur le droit du sol, remettent le thème de l’immigration au cœur de l’actualité.

Oui et un premier réflexe pourrait nous faire penser que cette question n’est qu’un dérivatif pour nous éloigner des vrais problèmes qui sont d’abord économiques et sociaux (le chômage va encore augmenter ce mois-ci) et qu’à parler d’immigration, on ne fait que le jeu du FN. On peut soutenir le contraire… A parler d’immigration, on a une occasion de clarifier les choses, de faire tomber les stéréotypes. Quels sont les termes de ce débat ? Pour la gauche et une bonne partie de la droite modérée l’immigration est une donnée sociale avant d’être une question identitaire. Pour l’extrême droite et, donc maintenant, pour une partie de la droite (celle qui veut remettre en cause le droit du sol), l’immigration est d’abord une question identitaire. Deux approches philosophiques opposées qui méritent d’être confrontées. Pour la gauche, la France, -c’est acquis- ne peut pas accueillir toute la misère du monde mais les étrangers qui arrivent sur notre sol devraient pouvoir y trouver les conditions d’une intégration satisfaisante. On a tendance à enjoliver un peu le passé et à considérer que les vagues de migrants successives se sont intégrées facilement. Elles se sont intégrées par le travail parce qu’il y avait du travail mais le racisme du XXème siècle n’a rien à envier à celui d’aujourd’hui –bien au contraire- et les fils de ritals ou d’Algériens des années d’après-guerre en savent quelque chose. Aujourd’hui la pénurie de travail a fini par convaincre l’ensemble de la gauche que l’immigration doit être régulée… Plus personne ne propose des régularisations massives. Une partie de la gauche, pour avoir longtemps fait du déni, porte une part de responsabilité dans la crispation de la société sur ces questions. L’équilibre entre une politique de critères, qui engendre une action nécessairement ferme et un humanisme intégrateur est une ligne difficile à incarner mais qui doit être affirmée haut et fort par la gauche et la droite modérée si ces forces politiques veulent garder leur identité.

Mais l’UMP, par la voix de Jean-François Copé, se démarque de cet équilibre.

Oui, et ce n’est pas la première fois que la droite veut entamer le principe du droit du sol. Dans les années 80, Charles Pasqua et Robert Pandraud avaient tenté d’ouvrir ce débat vite refermé par Jacques Chirac. Nicolas Sarkozy – fils de « sang mêlé » comme il dit- n’a jamais voulu en entendre parler non plus de droit du sang. Il faut dire que rompre avec le droit du sol veut dire qu’être Français doit avoir un rapport avec le sang, donc avec l’idée d’ethnie ou de race… Or cette conception (qui va à l’encontre de l’individualisme positif des Lumières) est foncièrement antirépublicaine. Français depuis cinq minutes ou depuis dix générations, ça peut ne pas être la même chose en termes d’intégration mais en termes de droit c’est pareil ! Nicolas Sarkozy, bien qu’opposé au droit du sang avait quand même écorné le principe en liant l’immigration et l’identité nationale dans un même ministère. L’existence de ce ministère, et l’idéologie qu’il sous-tendait, a été très mal vécue par la droite modérée et le centre. Quant à l’électorat de droite, il semble de plus en plus désorienté sur ces sujets…. Voilà pourquoi, contrairement à ce que l’on croit à l’UMP, ce débat, risque d’être beaucoup plus compliqué à droite qu’à gauche.

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