Marc Fauvelle

Les parlementaires sont-ils une espèce menacée ?

C'est ce qu'on pouvait se dire hier en découvrant la dernière proposition d'Alain Juppé, lui d'habitude plutôt mesuré quand il s'agit de nos institutions, de dégraisser le mammouth parlementaire. Que dit-il précisément ? Qu’il faudrait diviser par 2 le nombre de nos députés et de nos sénateurs.

Alors le maire de Bordeaux n'est pas le premier à prôner un régime minceur pour le Parlement, mais lui, c'est carrément la diète… Nicolas Sarkozy, alors candidat en 2012, avait proposé de réduire de 10 à 15% le nombre de parlementaires, Bruno Le Maire met la barre à 20%, François Bayrou et Claude Bartolone à 30%, et voilà donc Alain Juppé qui prend la tête du concours, avec une bonne avance sur ses concurrents : 50% de députés en moins !

Alors ne soyons pas injustes, il y a au moins une bonne raison de faire cette réforme : ce serait la suite logique du non-cumul des mandats... A partir de 2017 les députés qui siègeront à l'Assemblée le seront à plein temps. Ils ne pourront plus en parallèle gérer une ville, ni piloter un département ou une région. Ils auront donc en théorie plus de temps pour siéger dans l'hémicycle ou en commission, là où se fait le travail de fond législatif... Il ne serait donc pas scandaleux que la fin du député-maire aille de pair avec une réduction mesurée du nombre de parlementaires.

Et pourtant, vous nous dites « attention » !

Car aujourd'hui, cette réforme, qui fait presque consensus, est mise en avant sous des faux nez... Le premier c'est d'expliquer que cela nous fera faire des économies. En réalité, supprimer 100 députés permettrait d'économiser environ 30 millions d'euros par an. Ce n'est pas rien évidemment, mais rapporté à notre déficit, c'est une goutte d'eau...

La 2ème raison, c'est que la France, comparée à ses voisins, aurait trop de députés… Et là encore, c'est faux. Sur les 28 pays de l'Union européenne, nous sommes 26ème si l'on rapporte le nombre de députés à la population... Et pourtant, si l'on organisait aujourd’hui un referendum sur la question, le résultat serait connu d'avance, tant la défiance vis-à-vis de nos gouvernants est immense, tant le rejet des élites, conjugués aux effets dévastateurs de l'affaire Thévenoud (sans parler de Patrick Balkany) est ancrée aujourd'hui dans l'opinion... Regardez par exemple, les dernières révélations du Canard Enchaîné , sur ces 60 députés et sénateurs qui seraient aujourd’hui en délicatesse avec le fisc. L'effet là encore est terrible, même si les faits eux ne sont pas encore établis, on imagine déjà 60 clones de Thomas Thévenoud en ballade dans l'hémicycle... sans regarder précisément ce qu'il leur est reproché, dont on ignore tout d'ailleurs. Ont-ils déclaré leurs revenus avec 3 jours de retard, ont-ils oublié d'envoyer un document à la haute autorité, ont-ils sous-estimé de 100, 1000 ou 1000.000 euros leur patrimoine ? On n'en sait rien, mais la machine est lancée. Il faut d'ailleurs noté que l'une des réactions les plus nuancées est venue de l'ONG Transparency International, qui a expliqué que si tous ces parlementaires étaient effectivement des fraudeurs, ce qui n'est pas le cas aujourd’hui, cela représenterait 6% du total des parlementaires. C'est 6% de trop, mais si on épluchait les déclarations de revenus ou d’ISF de tous les Français –ce qui n’est pas le cas-, il n'est pas sûr qu'on ne trouverait pas le même chiffre, sans que la mauvaise foi des fraudeurs soit toujours établie... Alors attention aussi à l'anti parlementarisme ambiant... Il faut parfois se méfier des bonnes réformes quand elles sont faites pour de mauvaises raisons.

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