Les socialistes sont dans une drôle de situation pour la prochaine présidentielle.

Une situation qui ne leur permet tout simplement pas de préparer la campagne. La plupart des responsables du PS, la quasi-totalité des élus nationaux ou locaux, les corps intermédiaires socialistes, les militants –même eux- n’y croient plus. Comment, et pourquoi aller au combat quand on a l’intime conviction que l’on va perdre ? Certains d’entre eux estiment même qu’une cure d’opposition serait bienvenue, non seulement pour tenter de se refaire lors des élections territoriales pendant les 5 années à venir (traditionnellement l’opposition réalise de bons scores aux municipales, régionales et départementales), mais surtout pour profiter de ces années pour enfin effectuer ce travail conceptuel de renouvellement des idées de la gauche, pour trancher enfin des questions économiques qui n’ont jamais été tranchés, tant le discours et les programmes qu’il fallait avancer pour rassembler la gauche étaient basés sur des synthèses théoriques et hors sol. Ces discours et ces programmes, parfaits pour gagner les élections, se sont heurtés à la réalité du pouvoir, qui réclamait non pas des synthèses ménageant les chèvres utopiques et les choux réalistes mais des compromis solides et concrets. La gauche, dans l’opposition entre 2002 et 2012 (pendant 10 ans quand même !), n’a pas effectué le travail doctrinal qui lui aurait permis de gouverner avec des idées claires. Il a donc dû être entamé, ce travail, dans un environnement forcément hostile, à l’épreuve des faits, au pouvoir. Normalement, au pouvoir, on ne débat plus de l’essentiel, on tranche, on décide, éventuellement on adapte. Et c’est ainsi qu’est apparue une sociale démocratie hollandaise et sans bras, le social républicanisme vallsien, autoritaire et désarmé, le social libéralisme macronien, le social colbertisme montebourien, tous deux entravés. La croissance n’étant pas venue, les cycles ne répondant plus comme avant, les non choix de la gauche sont apparus au grand jour.

Donc la primaire de la gauche sera une compétition pour choisir le prochain leader de l’opposition ?

Sans doute, si le FN ne s’effondre pas d’ici l’élection (ce qui est toujours possible). Et faire campagne pour être le chef de l’opposition, ça change la perspective de la primaire socialiste, prévue en janvier. Il s’agit d’éviter un éparpillement, une déroute, car en juin il y a les législatives. Le spectre d’un désastre de type 1993 (une cinquantaine de députés socialistes seulement) est envisageable. Il faut donc un candidat assez solide et rassembleur pour avoisiner 20% à la présidentielle, score acceptable pour conduire son camp aux législatives sans être parfaitement essoré. Les candidats socialistes déclarés ou potentiels (François Hollande compris) savent qu’après la bérézina des législatives de 1993, il y a eu la défaite honorable de la présidentielle de 95… et la victoire surprise de 97. Donc derrière la tannée promise dans 7 mois se profile, peut-être (pour un candidat qui aurait su passer cet orage), des lendemains plus prometteurs… Voilà pourquoi, même pour emprunter ce chemin de ronces que constitue la prochaine campagne…les candidats socialistes ne manqueront pas.

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