"Je suis à la tête d'un Etat en situation de faillite". Déclaration vendredi en Corse de François Fillon, une formule choc qui continue de faire des vagues. Mais quelle mouche a donc piqué François Fillon ?! Trois jours après la bombinette sémantique du premier ministre, on s'interroge encore sur le pourquoi de cette assertion économiquement fort discutable - la France est certes endettée mais notre pays n'est ni l'Argentine ni le Swaziland - et politiquement totalement dévastatrice ! A l'exception notable de Jean-Claude Trichet, l'ennemi de la BCE pour Nicolas Sarkozy, personne ce week-end n'a volé à la rescousse de François Fillon, jusqu'à son secrétaire d'état Jean-Pierre Jouyet, un secrétaire d'Etat ! qui a cru bon devoir le corriger, "faillite, le mot est trop fort" a-t-il tranché. Avançons quelques hypothèses : le sentiment d'euphorie qui a gagné jeudi soir François Fillon en écoutant Nicolas Sarkozy lui donner du "François" en veux-tu en-voilà et affirmer qu'ils étaient "interchangeables", a peut-être grisé un premier ministre à l'orgueil soumis à rude épreuve depuis son installation à Matignon. Du coup, le voilà parti, "je suis à la tête d'un Etat", croit-il pouvoir dire, alors que jusque là, à sa tête, tout le monde n'avait vu que Nicolas Sarkozy. "Un Etat en situation de faillite" poursuit-il imprudemment, ça c'est le mot tabou qui lui échappe, tout à sa préoccupation de boucler un impossible budget 2008. Autre hypothèse, point de griserie dans cette sortie, mais un savant coup de billard à 3 bandes : François Fillon, refait le coup de "l'héritage". Il n'est pas le premier, Alain Juppé en 95 avait dénoncé les "comptes calamiteux" de l'équipe précédente, Balladur/Sarkozy - ça tangue un peu, mais l'objectif, c'est de préparer les esprits à un plan de rigueur rendu obligatoire par des comptes publics effectivement minés par la dette et le déficit. ça se défend, sauf que le contexte est pour le moins peu approprié. "L'héritage", depuis un bout de temps, c'est quand même celui de la droite. Difficile du coup de s'en exonérer totalement. On a entendu la réaction outragée de Dominique de Villepin, on attend celle ce matin sur Inter de Jean-Pierre Raffarin. Deuxièmement, comment expliquer la justesse du coût du paquet fiscal consenti à peine arrivé - soit 15 milliards d'euros - si effectivement la France est au bord de la faillite ? Enfin, où est la cohérence entre un président optimiste et volontariste qui continue de répéter "je veux 3% de croissance", et un premier ministre alarmiste qui nous annonce que la France est au bord de la cessation de paiement ? Troisième hypothèse enfin, et si François Fillon n'existait face à Nicolas Sarkozy que dans la provocation ? A peine rassuré, il doit réaffirmer son existence sous peine de re-disparaître dans le jeu institutionnel ? C'est bien ce qui inquiète un certain nombre d'élus et de personnalités de la majorité qui se demandent comment et jusqu'à quand va tenir ce coup executif bringuebalant. Ils sont quelques-uns d'ailleurs à considérer que ce nouvel épisode Sarkozy/Fillon accrédite un peu plus la thèse que dans ce binôme très politique, il y a un homme en trop. Un président qui détermine et dirige la politique ne saurait s'encombrer d'un second qui a peu ou prou les mêmes ambitions. D'où l'idée d'un vrai "super dir cab" à Matignon, d'un vrai "collaborateur" simple exécutant des visées présidentielles comme numéro 1 du gouvernement et qui ne prendrait pas ombrage du statut. D'où l'idée qui s'installe peu à peu dans les allées du pouvoir, qu'un Claude Guéant décidément, serait encore mieux à la tête du gouvernement, qu'à l'Elysée où il officie actuellement.

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