Les militants socialistes sont fixés ; les motions pour le congrès de Reims ont été déposées hier soir. A droite, les sénateurs UMP vont, eux, désigner cet après-midi leur candidat pour la présidence du Sénat. Commençons par les socialistes, les cartes sont distribuées. Il y a trois grosses écuries : la motion Delanoë avec François Hollande et Pierre Moscovici. Une autre motion autour de Ségolène Royal et des élus de locaux de poids. La troisième motion importante est celle de Martine Aubry avec les amis de Laurent Fabius et quelques Strauss-kahnien. Deux autres motions plus à gauche ou écologistes complètent le tableau. Les socialistes vont donc choisir entre Delanoë, Royal ou Aubry. Ils ont beau répéter sur tous les tons qu’ils se déterminent sur le contenu des projets qui leur sont proposés ; en réalité, les trois principaux chefs de file sont de la même tendance politique. Ce sont des socialistes réformistes qui proposent peu ou prou ce que toutes les gauches européennes de gouvernement font. Sur quoi va se baser le choix des militants ? Sur des questions de personnes et c’est tout à fait légitime puisque dans nos institutions, ce sont des hommes ou des femmes qui doivent incarner les idées. Mais des clivages artificiels seront montés en épingle. Chacun tentera de se situer au centre du PS. Chez Bertrand Delanoë, on dit que Martine Aubry représente l’aile gauche puisqu’elle est avec Laurent Fabius ; et que Ségolène Royal incarne l’aile droite puisqu’elle est favorable à une alliance avec le MODEM. Martine Aubry se dit au cœur du PS puisqu’elle réunit les anciens défenseurs et opposants du traité européens. Et bien sûr, Ségolène Royal se situera elle même au centre avec à droite un Delanoë qui se dit libéral et à gauche la dame des 35 heures. Ça donne le tournis mais pensez au militant socialiste qui doit s’y retrouver avant le congrès. D’autres se retrouvent face à un choix cornélien : les sénateurs UMP. Ils vont choisir cet après-midi le Président du Sénat. Les deux principaux candidats sont Gérard Larcher et Jean-Pierre Raffarin. On a déjà dit ici que cette élection n’intéresse personne et qu’elle n’aura aucune incidence sur rien. C’est vrai. Et pourtant, il y a une campagne acharnée. Les deux candidats sont des gravures vivantes des sénateurs de Daumier, vous vous souvenez de ces dessins du caricaturiste des parlementaires du second Empire ? Raffarin et Larcher ont un bon profil rebondi et sympathique, avec un avantage pondéral pour le second. Ça peut être un atout ! L’un est gaulliste-social, modérément conservateur, un brin franc-maçon et fine gueule ; l’autre est libéral-pondéré, chrétien ouvert, conservateur-modéré, forcément un peu gaulliste et bien sûr amateur de bonnes chairs. Peu importe qui est quoi : ces qualificatifs sont interchangeables. Comment choisir alors ? Hé bien à ce niveau, on ne peut pas s’en sortir seul, il nous faut convoquer les grands penseurs de la politique pour guider nos sénateurs et aussi les militants socialistes avant Reims. J’ai cherché ce qu’ils préconisent pour faire le bon choix en toutes circonstances : Machiavel disait « en politique le choix n’est pas entre le bien et le mal mais entre le pire et le moins mal ». C’est quand même un peu sévère : Larcher ou Raffarin, ou nos trois socialistes ! Aron, légèrement plagiaire de Machiavel mais plus optimiste dit :« le choix n’est pas entre le bien et le mal mais entre le préférable et le détestable ». On n'est pas beaucoup plus avancé ! Ronald Wright, écrivain anglais préconise ceci aux indécis : « si tu n’arrives pas à te décider, prends toujours le chemin qui te demande le plus d’audace ». Le plus d’audace entre Larcher et Raffarin ? C’est pas limpide non plus. Finalement, je suggère aux sénateurs UMP hésitant et aux militants PS dubitatifs de voter comme leurs voisins de travée ou de section en appliquant le conseil de Montaigne « si tu n’es pas capable de choisir prends le choix d’autrui ». Ce n’est pas compliqué !

L'équipe

Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.