**Vous avez évidemment regardé Nicolas Sarkozy, hier soir à la télévision.Oui et je trouve que le mode de communication présidentiel atteint ses limites. Sans remettre en cause la qualité professionnelle de mes confrères, en tout cas pas de David Pujadas qui n’y pouvait pas grand-chose, on ressort de cet entretien avec l’impression d’avoir eu à faire à de la communication plus qu’à de l’information. Il y a un grand décalage entre la suractivité du président et sa communication. C'est-à-dire que l’on entend beaucoup Nicolas Sarkozy, il s’exprime très souvent mais toujours en situation de monologue bien cadré. Les institutions ne l’obligent pas à répondre à des questions de parlementaires, et lui même ne se met jamais en situation de dialogue spontané. Seul le premier ministre doit répondre aux députés mais, en l’occurrence sa parole ne nous intéresse plus beaucoup. Ça n’a rien à voir avec François Fillon, simplement on sait que ce n’est pas lui qui décide. Dans tous les grands pays démocratiques, le vrai chef de l’exécutif doit passer au grill du parlement, tout justifier, tout préciser pour éviter les malentendus et finalement réformer plus sereinement. Ce n’est pas toujours très confortable pour le chef mais c’est utile à la clarté et la franchise du débat. En France ce n’est pas prévu parce que dans l’esprit de la cinquième république (du moins avant le quinquennat) le président était un peu un arbitre, donc sa parole était rare et solennelle. L’esprit a changé mais la communication n’a pas suivi et lorsqu’il y a enfin une situation de dialogue comme hier ça se fait encore dans le cadre convenu et très sécurisé du 20 heures avec des interviewers forcément portés au consensus. Vous voulez des conférences de presse !Ben, d’abord c’était une promesse du candidat Sarkozy qui savait très bien que cela cadrait avec l’évolution des institutions. Ce n’est pas une lubie de journaliste. Chez nos voisins, ce sont des exercices courants et naturels et facteurs de transparence…mais hormis les conférences de presse, il serait tout simplement plus sain que le président ait parfois (d’une façon ou d’une autre) un peu de répondant en face de lui, ce qui n’arrive jamais. Un débat, par exemple avec le chef de l’opposition. Impensable en France ! Autre fois, du temps de la parole rare et arbitrale du président on pouvait le comprendre. D’ailleurs les premiers ministres, qui étaient les véritables chefs de la majorité acceptaient les débats. Aujourd’hui le président est aussi premier ministre et le chef de la majorité…c’est une évolution peut être positive mais alors il faut du débat. Un exemple parmi d’autres : sur le forfait hospitalier Nicolas Sarkozy disait hier, très justement, qu’il n’avait pas augmenté depuis 3 ans. Mais il ajoute que ce sont les socialistes qui l’on créé, et donc qu’ils n’ont pas a critiquer l’augmentation….un minimum de répondant lui aurait fait valoir qu’il avait lui-même, a l’époque, voté contre le forfait hospitalier et qu’il y a sans doute plus de contradiction encore a augmenter une taxe contre laquelle on a voté ! Un peu de répondant aurait souligné en direct l’énormité juridique de la phrase prononcée par le président sur l’affaire clearstream en parlant « des coupables qui sont devant le tribunal correctionnel ». On a pu entendre aussi le président affirmer, toujours sans répondant que « s’en était fini des paradis fiscaux » ou laisser entendre que la France avait été la première en Europe à instaurer la taxe carbone ! Un vrai débateur, un opposant politique dans un cadre moins formaté par l’Elysée n’aurait pas laissé passer ces affirmations ! Moralité: sans débats, sans conférences de presse régulières, sans plus de porte-parole du président (il a été remercié et pas remplacé) sur bien des sujets, l’ambigüité perdure, les polémiques durent, les malentendus s’accumulent. On en est resté à la vieille conception manipulatrice de Jacques Pilhan, de l’époque de François Mitterrand et c’est assez étonnant pour un président qui se pique de modernité. Comme si en France l’information politique avait définitivement abdiqué devant la communication politique.**

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