Oui, en réalité dans ce théâtre d’ombre et de dupe que représente le « dialogue social » en France… la mobilisation d’hier est assez satisfaisante pour les centrales syndicales : même s’il y a doute sur les chiffres. La CGT et la CFDT font en sorte de pouvoir continuer à contrôler un mouvement qui reste populaire et veulent pouvoir maîtriser la sortie du conflit le moment venu. La question, en réalité pour les syndicats c’est : comment s’opposer à une loi qui porte le sceaux de « réforme du quinquennat »? Même avec 2, 3, 4 millions de personne dans la rue, par exemple lors d’une prochaine journée de mobilisation un week-end, Nicolas Sarkozy ne reculera pas. La CGT et la CFDT n’envisagent pas de grèves générales et de blocages aux long-court. Les leaders syndicaux ont compris que cette réforme est la seule véritable réforme que Nicolas Sarkozy pourra accrocher à son tableau de chasse. Il ne peut donc pas céder, ou alors ce n’est même pas la peine qu’il se représente en 2012. Nous ne sommes pas du tout dans le cas du CPE ou de la réforme des régimes spéciaux des retraites de cheminots en 1995. Dans les deux cas c’étaient les premiers ministres, Villepin et Juppé qui portaient ces réformes. Dans le cas des cheminots, c’était une corporation puissante et emblématique qui était en cause. Elle avait la possibilité de bloquer le pays, ce qu’elle a d’ailleurs fait avec un relatif soutien de la population. On parlait alors de « grève par procuration ». La situation devenait intenable pour le gouvernement et le président pouvait faire retirer le texte. Jacques Chirac présidait (on peut contester la façon dont il présidait mais il présidait) alors que Nicolas Sarkozy gouverne… donc Jacques Chirac pouvait demander à Alain Juppé (qui lui, gouvernait) de retirer son projet sans trop ruiner son autorité de président. La parole présidentielle avait encore, à l’époque, un caractère arbitral et gardait une capacité à apaiser le pays. Ce n’est plus le cas. On est dans le quitte ou double. Donc si la réforme est maintenue malgré une forte mobilisation, ce sera un succès pour Nicolas Sarkozy...C’est ce qu’il espère mais rien n’est moins sûr. Si l’on compare avec le CPE, cette fois, en 2006, là encore, la situation devenait vraiment intenable car la jeunesse était dans la rue, et toujours avec le soutien de la majorité des français. Tous les pouvoirs craignent au plus haut point les manifestations de la jeunesse, toujours incertaines, dangereuses et particulièrement corrosives en terme de popularité. Donc, c’est vrai qu’aujourd’hui nous sommes dans une configuration beaucoup plus gérable pour le pouvoir. Une situation sans blocage, sans jeunesse dans la rue. Nicolas Sarkozy tient sa réforme et maîtrise les concessions. Il aura un argument à opposer à ceux qui diront que son quinquennat n’aura été que cinq années d’agitation, d’incantation et de communication. Il pourra dire : « moi, j’ai tenu bon, moi je n’ai pas cédé contrairement à Jacques Chirac». Mais c’est une partie à plusieurs manches et les socialistes et les syndicats ont (quoi qu’il arrive) gagnés sur un point : l’opinion estime que la réforme est injuste. A la limite, pour eux, autant la laisser passer et proposer un projet alternatif. Après tout, aucun pays européen n’a fait l’économie d’un long débat sur les retraites. Si le texte est finalement voté… le thème ne sera pas soldé pour autant. Ces questions seront donc certainement encore au cœur de la campagne présidentielle de 2012. Pas forcément à l’avantage du président, qui (si l’opposition arrive à tenir sur ce thème) aura pour seul bilan une réforme majoritairement jugée injuste.

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