Les membres d’Europe-Ecologie-Les Verts s’opposent au traité européen. Peuvent-ils rester au gouvernement ?

Avec une pratique parfaitement limpide et intellectuellement honnête de la politique : non, bien sûr. Les deux ministres écologistes du gouvernement devraient donner leur démission. Ce n’est visiblement pas à l’ordre du jour. Quelle est la règle usuelle de base ? Comment détermine-t-on qu’un parti est dans la majorité ou pas ? Le socle d’une majorité c’est le vote du budget. Tous les partis qui votent le budget proposé par le Premier ministre sont dans la majorité. Les parlementaires d’EELV, voteront le budget. Ils l’ont dit et répété. Mais ils ne voteront pas en faveur du traité européen. On verra peut-être dans quelle proportion. Il devrait y avoir quelques « oui », quelques abstentions et beaucoup de … « non ». Le traité européen n’était pas un sujet abordé dans l’accord politique signé entre les écologistes et le PS avant les élections, ce qui permet aux responsables d’EELV, de dire en finassant, que s’opposer au traité ne les obligent pas à quitter le gouvernement ! Sauf que le budget de la Nation, ciment de toute majorité, est directement lié au traité européen. Comment justifier de voter un budget et de s’opposer à un traité qui disent peu ou prou la même chose, sont liés et procèdent de la même logique ? Ce devrait être « oui » pour les deux ou « non » pour les deux.

Cet entre-deux des écologistes traduit-il un manque de colonne vertébrale idéologique ?

Reconnaissons aux écologistes d’avoir, au moins en leur sein, animé un débat sur la construction européenne. Dans les autres formations politiques, la position sur la question a valeur de dogme absolu. Mais le résultat et les effets de leur débat sont incompréhensibles ! Il y a trois positions concurrentes et souvent contradictoires chez les Verts sur l’Europe. Les néo-alter-mondialistes, très minoritaires mais opposés à la philosophie de base de la construction européenne en forme de grand marché. Les européens convaincus, fédéralistes ; ils sont partisans de la construction européenne à petits pas via des transferts de souveraineté négociés. Troisième catégorie, la plus importante, ce sont les écologistes pro-européens mais qui ne supportent plus le déficit démocratique de l’Union et le caractère inexorable de la dérive libérale. Ils ont l’impression que ce traité encre la France dans une logique d’austérité mortifère. Ces trois positions dessinent un parti éclaté, sans ligne directrice. Ce qui accentue cette impression de manque de colonne vertébrale c’est de constater (pour les leaders) l’influence des institutions auxquelles ils appartiennent, sur leurs positions. Les parlementaires européens, rompus au multilatéralisme et conscients des contraintes d’une Europe à 27, sont majoritairement pour le oui au traité (Daniel Cohn-Bendit et Yannick Jadot). Les deux ministres se planquent mais, comprenant la logique gouvernementale, plaident en fait pour l’abstention. Les parlementaires nationaux, plus proches des militants et plus éloignés des dossiers sont largement favorables au non. Au moment où le Président leur donne raison dans bien des domaines et donc, au moment où les ils pourraient se voir politiquement renforcés, la position des écologistes, illisible sur le traité, les ramènent encore à leur statut habituel de petit parti étrange, cacophonique, brouillon et pour tout dire…exaspérant !

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