Ce matin, vous vous en prenez à une notion très à la mode dans le commentaire politique : « faire bouger les lignes ».

Oui c’est par exemple l’explication (« faire bouger les lignes ») que les soutiens de François Fillon avancent, en ce moment pour justifier les positions, disons hétérodoxes, de l’ancien premier ministre : l’hypothèse d’un duel PS/FN aux prochaines municipales… Mais surtout, l’incroyable critique de la politique étrangère de la France à propos de la Syrie, formulée chez l’adversaire le plus coriace de Paris. Chez celui qui a armé le régime de Bachar Al-Assad, chez celui qui continue à prétendre que ce sont les opposants à Bachar Al-Assad qui sont à l’origine de l’attaque chimique, chez celui qui oppose son veto à toutes les résolutions françaises sur la question à l’ONU ! La stature d’homme d’Etat que François Fillon avait patiemment construite sur le dos de Nicolas Sarkozy en jouant le contraste avec l’image impétueuse et suractive de l’ancien président, est maintenant bien cabossée. Quand Nicolas Sarkozy transgresse, tout le monde sait que c’est son fonctionnement. Ceux qui l’aiment trouvent qu’il bouscule les idées reçues et secoue les inerties, ceux qui ne l’aiment pas pensent qu’il brasse du vent, parle beaucoup mais ne fait pas grand-chose. Mais quand François Fillion transgresse, ça passe soit pour de la basse tactique, soit pour de la maladresse tellement ça ne va pas avec son personnage.

Donc pour trouver une explication rationnelle on dit, comme Jérôme Chartier, son soutien le plus proche, qu’il « fait bouger les lignes ».

C’est ça… « Faire bouger les lignes ! »…. Voilà le nouveau concept à la mode que l’on entend partout en ce moment dans le discours politique, autant que dans le commentaire de la politique. Et vous remarquerez que le discours des politiques et les commentaires de ceux qui sont chargés d’analyser la politique, utilisent de plus en plus les mêmes mots… Pas ceux du discours ni ceux de l’analyse mais ceux de la communication politique ! François Fillon n’est pas en train d’établir un programme, de nous proposer sa vision pour la France…. non, il s’attelle à une tâche beaucoup plus importante… Il se construit son personnage de présidentiable. Voici ce que dit exactement Jérôme Chartier dans une interview au Monde pour nous faire comprendre l’intérêt de « faire bouger les lignes » : « Les Français sont en train de découvrir qui est François Fillon : un homme engagé, pugnace déterminé, qui ne s’excuse pas d’exister ». Ça sent à plein nez la stratégie établie après les résultats d’enquêtes qualitatives sur la personnalité de François Fillon. « Le François Fillion en retrait, que l’on disait timoré, est bien loin » se réjouit Jérôme Chartier. Voilà comment, pour exister, on en vient à établir une symétrie entre le FN et le PS et à fragiliser la diplomatie de son pays ! Quand un responsable justifie une position politique en se prenant pour Vasarely et dit vouloir « faire bouger les lignes » il ne dit rien des solutions à apporter aux problèmes, il ne parle que de lui et de sa stratégie. « Bouger les lignes » pour « bouger les lignes », peu importe dans quel sens… puisqu’il s’agit juste de montrer qu’on a de l’influence sur les lignes… Le succès de cette expression dans le discours et le commentaire en dit beaucoup sur ce sentiment d’impuissance qui plombe l’ambiance politique française.

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