F.Fillon a relancé, ces derniers jours, le débat sur les statistiques ethniques. Ce n’est pas dans la tradition française mais l’ancien Premier ministre pense qu’il faut quand même y recourir.

Oui, c’est vrai que c’est une question qui revient souvent…parce que nous sommes – en France- quasiment les seuls, à ne pas vouloir établir de classification de la population selon des critères ethniques ou religieux. Cette classification pourrait, théoriquement, être un outil pour lutter contre la discrimination qui est l’une des plaies de notre société. Le débat est légitime. La dernière fois qu’il a été mené, c’était en 2007 par N.Sarkozy qui, avec raison, constatait que si la France ne reconnaît pas les races, elle est bien obligé de constater qu’il y a du racisme. Comment se débrouiller avec cette incongruité conceptuelle : ne pas admettre l’existence des races et constater le racisme ? Donc, N.Sarkozy, avant F.Fillon, a fait ce chemin. Il s’est posé la question, et –au passage- il était ravi de pouvoir transgresser à moindre frais. Faire l’actualité en brisant un « tabou », c’est toujours valorisant dans un pays qui pêche par son immobilisme et son conservatisme. Mais N.Sarkozy en est vite revenu et a abandonné l’idée des statistiques ethniques, et son corollaire, la discrimination positive. Car en fait, ce n’est pas un tabou, simplement une fausse bonne idée.

Ce serait impraticable en France, dites-vous.

Impraticable dans le cadre de l’organisation républicaine et laïque de notre société. Etre français n’a rien à voir avec l’origine ethnique. Etablir des statistiques ethniques, pour le coup, ce serait dénaturer l’identité (non pas française) mais de la France, rappelée de Renan à Braudel. Les personnalités qui avaient été sollicitées par N.Sarkozy pour établir les classifications ethniques s’étaient heurtées à des murs juridiques et pratiques infranchissables, à moins de trahir ce que nous sommes. La France est une communauté. Et, en vertu de l’individualisme positif hérité des Lumières, il y a les individus, libres et égaux, et la communauté nationale. Rien entre ces deux niveaux. On ne peut pas vouloir lutter contre le communautarisme et proposer l’établissement de statistiques ethniques. Quid de la définition des ethnies, de la couleur de peau, des religions ? Quid des origines non décelables à l’œil nu ? Jusqu’à quels degrés de parenté, pendant combien de générations ? On le voit bien, rien que l’énoncé de ces questions nous éloigne dangereusement de la République. Reste qu’il faut quand même lutter contre les discriminations ! Le meilleur moyen, c’est la mixité, le mélange, le métissage, de l’intégration et pourquoi pas une certaine forme d’assimilation non amnésique des origines. La connaissance de l’autre étant le meilleur moyen de lutter contre les stéréotypes, la dé-ghettoïsation spatiale et scolaire semble rester la solution la plus respectueuse des valeurs républicaines. Par exemple, une politique du logement (toujours envisagée, jamais vraiment réalisée) avec une meilleure répartition des logements sociaux sur le territoire. Tout comme une certaine gauche différentialiste des années 80, ou N.Sarkozy en 2007, F.Fillon finira par abandonner l’idée d’établir des statistiques ethniques. Gageons que le séguiniste républicain qui sommeille en lui ne manquera pas de le ramener à la raison.

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