Ce matin, la droite face au phénomène Orban.

Depuis le 11 septembre dernier, date du vote au parlement de Strasbourg de l’article 7 qui condamne le gouvernement hongrois pour ses positions liberticides, contraires aux principes de l’Union, le cas Orban n’en finit pas d’empoisonner la droite française. 3 députés LR avaient voté contre le texte (donc se sont affichés en soutien d’Orban), certains ont voté pour, d’autres se sont abstenus ou n’ont pas pris part au vote. Parmi ces derniers, tous ne sont pas indifférents ou bienveillants envers Orban pour autant... Ainsi le modéré et opposant à Laurent Wauquiez, Arnaud Danjean n’a pas voté le bannissement d’Orban parce que le contenu du texte (rédigé par une écologiste néerlandaise) renforçait -selon lui- l’idée d’un clivage mortifère qui opposerait nationalistes de l’Europe dite «des peuples» et libéraux économiques et sociétaux, favorables à une sorte de fédéralisme. On peut, dit Danjean, ne pas choisir entre ces 2 camps caricaturaux. L’analyse des votes du 11 septembre est donc plus subtile qu’il n’y parait. Mais, en tout état de cause, LR est profondément divisé.

Et Laurent Wauquiez assume mal cette division.

Oui, il ne veut pas dire quelle aurait dû être la bonne attitude des parlementaires européens LR lors du vote. Mais il se trouve que les 3 députés qui ont voté en défense du Hongrois sont de purs Wauquiezristes. Le patron de la droite salue d’ailleurs l’attitude d’Orban sur l’immigration alors que celui-ci défend une vision «ethniciste» et religieuse de l’Europe. Tant pis si le gouvernement hongrois bafoue la séparation des pouvoirs, les libertés de la presse et des universités, développe une paranoïa aux franges de l’antisémitisme, tant pis si, contrairement au programme de LR, Viktor Orban prône une stricte immigration zéro et refuse même une répartition plus harmonieuse des migrants déjà en Europe (ce qui –au passage- le met en porte-à-faux avec son ami Salvini). La juxtaposition des débats européens et français fait éclater au grand jour les contradictions de Laurent Wauquiez. En France, le patron de LR refuse toute alliance avec Marine Le Pen en expliquant que la conception de l’Europe du RN n’est pas compatible avec la sienne et que l’extrême-droite est une voie dangereuse. Mais, en même temps, il s’affirme en phase avec le 1er ministre hongrois sur l’immigration et silencieux quant à son caractère liberticide. Il fait voter ses plus proches partisans en défense de celui qui défie les démocraties libérales. Comment va-t-il justifier, dès lors, de sanctionner le candidat à la tête du mouvement de jeunes LR ou l’ancien député Thierry Mariani, qui prônent une alliance avec le RN ? Finalement, ces deux-là sont cohérents ! On ne peut pas, de façon crédible, rester longtemps pro-Orban en Europe et anti-le Pen en France… sauf à dire que l’on veut remplacer le RN, non pas en raison de la dangerosité de ses idées mais justement parce que le boulet Le Pen freine les chances de ces idées-là d’accéder à l’Elysée ! En ce moment, et quoi que l’on en pense sur le fond, le positionnement politique de Laurent Wauquiez est soit insincère, soit bancal… voire les deux !

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