Retour sur l’échec des manifestations pour le climat de ce samedi à Paris… La France illustre-elle alors sa propre culture protestataire ? Ailleurs dans le monde, comment la mobilisation s'est-elle traduite ?

Durant la Marche pour le climat
Durant la Marche pour le climat © Maxppp / Le Pictorium

Comment expliquer que le pays précurseurs des marches pour le climat, pays de l’incroyable succès de la pétition L’affaire du siècle, le pays qui maîtrise l’art de la manifestation, ait à ce point raté ce rendez-vous mondial, au moment où la prise de conscience se généralise ? 

Les organisateurs en débattent ces jours-ci… Mais la journée de samedi a sans doute brisé, pour longtemps, le mythe de la convergence des luttes. Il y a, avec les Gilets Jaunes, une contestation sociale, dont l’expression s’en encre dans la radicalité à mesure qu’elle décroit. De plus, quelques centaines de black-block se sont agrégées aux démonstrations hebdomadaires des gilets jaunes pour tenter d’enclencher un climat insurrectionnel en provoquant une police mue par une doctrine du maintien de l’ordre dépassée et dangereuse. 

Qu’allaient faire dans cette galère les organisateurs de la marche du siècle ? Pourquoi n’ont-ils pas plutôt accompagné le mouvement mondial qui prévoyait une mobilisation le vendredi, avec les jeunes ? Il serait facile, pour les organisateurs (divers et variés) de se défausser en expliquant qu’on n’a plus la liberté de manifester, en dénonçant les violences policières. Depuis des mois les policiers, le samedi, dérapent plus que de raison de ne pas avoir su s’adapter (mais c’est compliqué) à la politique de saccage ciblée de quelques groupes radicaux. Le gouvernement a sa part responsabilité… Mais tenter de faire une démonstration de force convergente entre des gilets jaunes, les comités Adama et autres luttes de longues haleine aux aspects hétéroclites, parfois contestables, c’est l’assurance de décourager la masse des citoyens sincèrement exaspérée par ce qu’ils considèrent comme l’immobilisme du président face à l’urgence écologique. 

Les mobilisations ont été beaucoup plus fortes ailleurs

Oui, par exemple en Angleterre, en Australie, à New York. Et en Allemagne la mobilisation est impressionnante aussi parce qu’il s’agissait d’un appel à la grève générale (rarissime de ce côté-là du Rhin). Des entreprises ont même libéré leur personnel, pour obtenir une mobilisation monstre afin de demander au gouvernement allemand d’aller encore plus loin et plus vite, alors que celui-ci dit prendre le problème à bras le corps. Par contraste avec cette masse populaire, la mobilisation française a sombré, embringuée dans le cercle infernal des samedis jaunes. 

Le mot inutilement provocateur d’Emmanuel Macron invitant la jeunesse à manifester plutôt en Pologne ne fera pas baisser le climat de violence par lequel le débat français se distingue tristement. Notre culture protestataire, notre goût historique du pavé a fait de la France ce qu’elle est : un pays libre et socialement très avancé dans lequel on ne berne pas si facilement les citoyens. Mais le mythe révolutionnaire ou insurrectionnel mis à toutes les sauces, sur tous les sujets, finit par galvauder les contestations et épuiser bien des bonnes volontés. Le cercle idiot de la violence, puis de la répression inadaptée, puis de la violence qui répond à la répression et le mythe de la convergence des luttes ont condamné pour un moment toute possibilité de manifester massivement le samedi à Paris. Le combat pour l’environnement en a fait les frais.

L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.