Les annonces du gouvernement sur la Covid…ou le dilemme en politique…

Cette longue période, au cours de laquelle les pouvoirs publics doivent faire des choix qui ont une incidence sur nos vies, devrait inciter tous les acteurs du débat public  (c’est-à-dire –à l’heure des réseaux sociaux- quasiment tout le monde) à plus de mesure et de nuance, deux qualités qui ne sont pas les plus répandues en cette ère de polarisation et d’hystérisation du moindre sujet traité. Dans le courant classique de l’action politique, par terrain plat, les gouvernants appliquent plus ou moins leurs programmes. En temps de crise aussi, dans presque tous les cas, des choix tranchés s’imposent : on accueille le bateau de migrants ou on le refuse… on ne peut pas faire les deux… Là, le temps politique est suspendu…ce n’est plus l’heure des choix … rien que des options.  On croit d’abord qu’il faut privilégier une option… Dans un premier temps, avec le confinement,  on a privilégié la santé… ça a ruiné une partie de l’économie. Avec le dé-confinement et l’été où il fallait faire repartir la machine, on a fait l’inverse… ça a mis la santé en danger. Finalement, favoriser l’un ou l’autre ne rime à rien puisque les deux sont liés. On a besoin de la santé pour l’économie et inversement.   

Que faire alors ? 

C’est le rare cas de figure, en politique, où il ne faut pas choisir, où il faut faire les deux, tant que possible. Faire de la dentelle… Faire du vertical et de l’horizontal, faire confiance à la population mais aussi la contraindre un tant soit peu. C’est une situation funambulesque que tout le monde peut comprendre parce que nous aussi, dans notre vie de tous les jours, par temps de Covid,  nous jonglons entre la vie sociale, notre vie économique et notre santé. Le philosophe Fréderic Worms cite un autre philosophe pour caractériser le moment que nous vivons _‘Certaines situations, _dit-il, relèvent de ce que le philosophe tchèque Jakub Capek appelle des «dilemmes» qui ne sont pas des choix difficiles mais des options vitales entre des maux eux-mêmes vitaux et parfois mortels.’… Dès lors, le débat politique se résume à l’intendance, à la qualité de la mise en place de ce qui a été entrepris plus qu’à la nature de ce qui a été décidé… la pénurie de masques avant l’été, le fiasco des tests aujourd’hui, mais aussi les ajustements judicieux et pointillistes des interdits ici ou là, la mise à contribution des responsables locaux, l’équilibre entre l’incitation et l’obligation… la nuance quoi. La nuance enfin réclamée par tous… Tout le monde, même les plus extrémistes pour qui elle est d’habitude une zone à éviter. ‘Il y a un bel idéal et il y a une ‘réalité rebelle’, disait Michel Rocard, s’inspirant de Gramsci. Pendant les crises sans cause politique, singulièrement les crises sanitaires de longue haleine, il n’y a pas de bel idéal, il n’y a qu’une réalité rebelle… Il faut réapprendre le dilemme, admettre que ce n’est pas grave d’être ni pour ni contre…

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