**François Fillon a demandé, hier que cesse « l’instrumentalisation » politique du dossier des roms. Oui, « l’instrumentalisation » de part et d’autre, ajoute t’il. Et quand un premier ministre prend la peine de préciser « de part et d’autre », il désigne surtout son camp bien sûr. François Fillon, catholique, issu du gaullisme social et élu d’un territoire modéré et rural doit ressentir les dégâts politiques que cette affaire peut engendrer (et peut être aussi le potentiel politique pour lui-même). On dit beaucoup, en ce moment, que les catholiques français entreraient (pour reprendre le mot de Christine Boutin) en « désamour » avec Nicolas Sarkozy. Mais d'abord qu'est-ce que le vote catholique ? Un jeune catholique ouvrier vote t'il plus comme un jeune, un catholique ou un ouvrier ? Le moins que l'on puisse dire c'est que ce terme « électeur catholique » recouvre une réalité assez nébuleuse. En 2009, 64% des français se déclaraient catholiques mais seulement 4% des français se disaient catholiques pratiquants ! Entre ces deux chiffres : un monde. 60% dans lequel on trouve des gens qui ne croient pas en dieu, et qui sont donc juste de culture catholique. On trouve bien sur une proportion importante de croyants non pratiquants. Cette masse, les 60% a forcement une attitude électorale, peu ou prou équivalente à celle de l'ensemble des français sans que l'on puisse savoir exactement quelle est la part de la «catholicité» dans la détermination de leur vote. Donc si l'on parle du vote des catholiques pratiquants, c'est-à-dire d'une part déclinante de la population qui ne pèse plus que 4%, là, effectivement on peut déceler des particularités. Les pratiquants ont voté au premier tour à 45% pour Nicolas Sarkozy en 2007 et à 85% pour l'ensemble des candidats de droite, d'extrême droite et du centre. Là, on ne parle que de 4% de la population. Une population conservatrice, dont une partie est sans doute troublée, en ce moment par les remarques du Pape mais qui ne passera pas à gauche pour autant. Les aléas du vote catholique n'auraient finalement que très peu de répercussions électorales ? C'est plus compliqué que ça (comme dit François Morel pour se moquer des éditorialistes). Il serait plus pertinent de parler de l'influence catholique sur le vote que du « vote catholique » et si l'on parle de l'influence catholique, là effectivement Nicolas Sarkozy perd de précieux points en ce moment. L'influence catholique recouvre une tradition politique différente de celle des catholiques pratiquants. C'est une tradition de modération et d’humanisme, issue, dans les campagnes par exemple du poids déterminant et toujours vivace, depuis les années d’après guerre du syndicalisme chrétien, c'est le modelage d'une culture politique venue du MRP sous la Quatrième république qui a ancré une exigence de modération et de mesure, par exemple dans tout le nord-ouest de la France. L'UDF des années 70-90 avait su capter cette importante frange de la population, le PS modéré de Bretagne ou de villes comme Strasbourg ou Lyon sait l'incarner en ce moment mais depuis plusieurs décennies, c'est vrai qu'au moment de chaque présidentielle le vote modéré tombe plutôt à droite. Ce fut aussi le cas en 2007. Depuis, la gouvernance de Nicolas Sarkozy gène cette partie de l'électorat. Ça fait le succès de François Bayrou, c'est un potentiel pour Eva Joly ou Dominique de Villepin, peut-être même pour Martine Aubry, qui vient d'une famille marquée par la doctrine sociale de l'église et dont le discours en a parfois les accents. Mais si Nicolas Sarkozy cède du terrain chez les modérés, l'affaire des roms n'est qu'un élément de plus, de trop. L'époque bling-bling, la suprématie de la communication sur la constance politique et même la tentative avortée de réformer la laïcité en 2007 ont joué sans doute autant que les coups de mentons sécuritaires et « l’instrumentalisation » des débats sur l’immigration, pour reprendre les termes de François Fillon.**

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