Arnaud Montebourg demande une politique alternative à celle du gouvernement, auquel il appartient… Une situation intenable !

Oui, Manuel Valls ne peut pas garder son ministre de l’économie. Et, en même temps il lui sera très compliqué de se séparer de la branche volontariste de son gouvernement. Comment se débrouiller avec ça ? On sera vite fixé. On peut parler de dissidence du capitaine de cavalerie du redressement productif puisque cette proposition « d’inflexion majeure » (terme étrange, presque contradictoire) est exprimée peu après que le Président et le Premier ministre ont réaffirmé qu’ils ne changeraient pas de cap… et même qu’il fallait aller plus vite et plus fort. Mais en réalité la crise de gouvernement n’est pas celle que l’on croit. Il ne s’agit pas réellement d’une crise de ligne politique. Parce que quand on entre dans le détail du discours, les propositions d’Arnaud Montebourg ne sont pas –au fond- si alternatives que cela. Son inflexion n’est pas majeure et ne fait bouger que 3 ou 4 milliards. Il ne propose pas d’ouvrir les vannes des dépenses. Il ne propose pas de relance par la consommation via des hausses de prestation ; ni le dégel du point d’indice des fonctionnaires. Il ne remet pas en cause une certaine rigueur, comme peuvent le faire Jean-Luc Mélenchon ou quelques parlementaires socialistes… Il veut redonner du pouvoir d’achat aux ménages par plus de baisses d’impôts... c’est très moyennement keynésien et assez peu alternatif !

Donc si, en fait, il ne remet pas en cause la ligne, que remet-il en cause ?

Le Président lui-même. Et c’est d’autant plus violent ! Arnaud Montebourg veut plus de caractère dans le maniement des outils à la disposition de l’Etat, plus de fermeté dans la défense des intérêts industriels de la France. Il demande que la France assume d’être le fer de lance des pays qui veulent en finir avec une politique monétaire déflationniste allemande, donc européenne. Arnaud Montebourg veut qu’il y ait un chef, que Paris s’oppose à Berlin ! Il réclame du cran, du caractère, et que soit brandie avec force une vue française. Montebourg n’a d’ailleurs pas été cherché des références dans l’histoire de la gauche… Il a pris l’exemple de la politique de la chaise vide du général de Gaulle et même du culot de Margaret Thatcher qui défiait l’Union avec succès. Il ne parlait donc pas de ligne mais d’attitude et d’autorité ! Le nom de François Hollande n’a quasiment pas été cité dans le discours. Le ministre de l’économie ne peut décemment pas dire que le pilote ne sait pas conduire alors il biaise et il dit qu’il fait fausse route. Mais le discours de Montebourg dénonce une faiblesse, une soumission. C’est tout simplement –en creux- un réquisitoire. Un crime de lèse-majesté. Voilà qui est beaucoup plus subversif et destructeur que l’expression d’une divergence de ligne… Arnaud Montebourg le sait bien… Manuel Valls aussi. En ce sens, ce discours était aussi le premier discours de la bataille de l’après Hollande, qui a donc déjà commencé au PS !

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