Vous évoquez la polémique autour d’André Vidalies qui, s’agissant des contrôles dans les gares, a déclaré: « je préfère qu’on discrimine pour être efficace »

De quoi inonder les réseaux sociaux d’anathèmes de gauche et de récupérations de droite. De quoi faire monter sur leurs grands chevaux, par réflexe, les « réactionnistes », ceux qui préfèrent réagir en 140 signes plutôt que réfléchir. Alain Vidalies n’a fait que commettre une faute sémantique grossière en opposant « aléatoire » et « discriminatoire ». Le travail de la police dans les gares ne doit pas être aléatoire, ni discriminatoire. Aléatoire, cela voudrait dire que, sans aucun autre critère que le hasard ou un comptage neutre et régulier (tous les dix ou quinze passagers), les forces de sécurité effectueraient un contrôle. Ce n’est bien sûr pas le cas. Discriminatoire, cela voudrait dire que la police aurait des critères d’âge, de sexe, de couleur de peau pour décider d’une fouille. Alain Vidalies ne peut pas défendre cette pratique illégale! Ce que font les policiers, c’est un contrôle dans lequel le hasard et l’observation de l’attitude et de l’aspect générale, ont leur part, un contrôle, disons, « discrétionnaire ». Alain Vidalies a juste, par imprécision, remis une pièce dans la machine à indignation qui marche sans carburant.

Mais avouez que vous ne seriez pas si indulgent si M.Le Pen, ou N.Sarkozy avaient tenu de tels propos !

Non, c’est vrai! Parce qu’en politique, selon les thèmes bien sûr, les mots n’ont pas la même acception selon qu’ils sont prononcés par une bouche de droite ou une bouche de gauche…ou plutôt par une bouche modérée ou par une bouche radicale. Le discours politique s’entend de façon active. L’auditeur, l’électeur, le citoyen, qui écoute un personnage défini politiquement, est un acteur. Le discours se prononce selon les règles d’un contrat implicite. A l’écrit, on appelle ça le contrat de lecture. On ne lit pas avec la même appréciation une analyse sur le retour du religieux dans Charlie Hebdo ou dans Etudes, la revue des Jésuites ! Si vous avez prononcé le discours de Grenoble, si vous avez l’habitude de créer l’évènement par des transgressions sécuritaires, et si vous répétez à l’envie que vous n’êtes pas intimidé par une prétendue bienpensance « immigrationniste » et laxiste… alors la phrase d’Alain Vidales dans votre bouche aurait une toute autre signification ! De même si F.Hollande avait vraiment tenu sa promesse de mettre en place de quoi lutter contre les abus des contrôles aux faciès, en banlieue par exemple, les propos de Vidalies n’auraient pas été jugés si sévèrement. Quand le loup dit « j’ai faim », ça n’a pas le même sens pour le troupeau que si c’est le chien de berger qui prononce ces mots… ou, si je fais un jeu de mot dans mon édito, je dois faire un peu plus gaffe que Charline Vanhoenacker… En politique, plus qu’ailleurs, « d’où parles-tu ? » à presque autant d’importance que « que dis-tu ? ». Pour le discours politique, l’oreille (et pour le coup elle a raison) ne fait pas dans l’aléatoire, mais bien dans le discriminatoire…

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