Ce matin finalement vous parlez du Burkini…

Oui, je m’étais promis de ne pas faire d’édito sur ce costume de bain ridicule et sur ce que je croyais être un épiphénomène pas digne de tout ce battage médiatique : une poignée de maires qui dévoient la laïcité en confondant plage publique et école publique…en oubliant que l’espace public n’est pas un service public, que les femmes qui se baignent ne sont pas des agents du service public, que ces tenues absurdes ne sont, en rien –en elles-mêmes- facteur de trouble à l’ordre public, comme peuvent l’être des burqas qui « désidentifient » les individus en les cachant. Il n’y avait donc pas de sujet… Sofia Aram l’avait d’ailleurs drôlement montré lundi : il est grotesque d’interdire le grotesque (même si l’interdiction peut ne pas être illégale comme le dira peut-être le Conseil d’Etat cet après-midi). Et puis… c’est devenu un sujet politique avec ces photos de la plage de Nice où l’on voit une femme simplement voilée entourée de policiers. A partir du moment où la pression politique, surchauffée par la primaire de la droite (on n'ose plus dire de la droite et du centre), s’intensifie, à travers des déclarations ou le livre de Nicolas Sarkozy, pour réclamer une loi interdisant le Burkini, la fin des repas de substitution dans les cantines et même, pour certains, l’interdiction du voile dans tout l’espace public, la surenchère, la sur médiatisation de cette surenchère, ont fini par créer un fait politique réel…

Cette histoire n’arrange pas ceux qui tentent de lutter efficacement contre la pression islamiste.

Oui, l’interdiction du burkini, la surenchère normative et les généralisations sont de très mauvais coups portés à ceux qui tentent de combattre politiquement et idéologiquement cette pression islamiste qu’il ne faut pas sous-estimer. Le plus dramatique, c’est que cette surenchère démagogique -parfois même raciste- aide le FN d’un côté (ça c’est classique) mais aussi tous ceux qui continuent de victimiser l’islam radical et cherchent des excuses sociales à la toute petite minorité de la population qui verse dans le fondamentalisme. Les dégâts sur la cohésion nationale sont provoqués par une sorte de processus de validation en chaine. Pour lutter, et contre l’islamisme et contre la montée de l’extrême droite, Manuel Valls prend une position qu’il estime médiane : oui, il comprend les maires qui interdisent le Burkini mais il est opposé à une loi sur le sujet. Seulement, loin d’endiguer et l’islamisme, et l’extrême droite, on retiendra que le 1erministre soutient les maires chasseurs de burkini. Leur action est ainsi validée en haut lieu et par une partie de la gauche. Action qui, à son tour, validera et le discours antimusulman du FN, et le discours victimaire des islamistes et de ceux qui passent leur temps à leur chercher des circonstances atténuantes du côté du contexte social. Tout comme il est d’usage d’appeler les musulmans à être en première ligne pour lutter, en leur sein contre l’islamisme, on pourrait appeler la droite à être en première ligne pour lutter en son sein contre ceux qui font de la surenchère sur les symboles. Alain Juppé pourrait peut-être dire quelque chose de fort là-dessus. Remarquez, jusqu’ici, il pensait sans doute que ce n’était pas un sujet…

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