Vous revenez ce matin, sur le sondage choc de l’IFOP publié hier par le JDD Il s’agit d’une intention de vote des ouvriers pour la présidentielle. Les ouvriers, c'est-à-dire 15% du corps électoral, affirment vouloir voter à 36% pour Marine Le Pen au premier tour ; 17% pour Dominique Strauss-Kahn et 16% pour Nicolas Sarkozy. Rappelons les résultats du vote ouvrier : 26%, Ségolène Royal, 25% et Jean-Marie Le Pen, 16%. Le sondage montre donc une percée phénoménale de Marine Le Pen et un effondrement du candidat du PS et plus encore, de celui de l’UMP. Le Président a déçu les ouvriers. Nicolas Sarkozy, qui s’appuyait sur une dénonciation et sur l’idée de « rupture » en 2007, ne peut plus utiliser ce même stratagème protestataire, puisqu’il est en charge des affaires. Le PS, de son côté, n’arrive pas à profiter de la colère des ouvriers. Les socialistes, qui gèrent une grande majorité de collectivités locales et qui sont en position de remporter la présidentielle, ne peuvent pas se permettre d’en faire des tonnes en matière de surenchère sociale, puisqu’ils savent qu’ils auront peut-être à assumer le pouvoir avec les caisses vides. La déception serait terrible s’ils se faisaient élire sur des promesses qu’ils ne pourraient pas tenir. Une déception qui serait certainement très chèrement payée lors de toutes les élections locales du prochain quinquennat. Ce sondage est mauvais pour le PS sur cette catégorie, mais, paradoxalement, les candidats socialistes champions du moment (quand on prend l’opinion dans son ensemble cette fois-ci) sont DSK et François Hollande, qui ont des images de modération, très loin d’une attitude protestataire. L’affaire est donc moins grave pour les socialistes que pour Nicolas Sarkozy, qui semble, lui, pour l’instant, se trouver dans une impasse, empêché de protester efficacement de par sa position institutionnelle. Le vote ouvrier est donc clairement protestataire sur la question sociale, pourtant, il ne profite pas à l’extrême gauche Toujours à en croire ce sondage, l’extrême gauche, traditionnellement, culturellement ouvriériste, ne bénéficie pas de la crise et du mal-être actuel des ouvriers. Les chiffres sont terribles et cruels, surtout pour Jean-Luc Mélenchon du Front de Gauche, Olivier Besancenot du NPA et Nathalie Artaud de Lutte Ouvrière, qui obtiennent respectivement 2, 1 et 1% des intentions de vote des ouvriers, alors que Jean-Louis Borloo et Nicolas Hulot sont à 9%. Nicolas Dupont-Aignan de Debout la République est lui à 4% ; deux fois plus que Jean-Luc Mélenchon. Tout se passe comme si l’extrême gauche ne séduisait les ouvriers que quand tout va bien. Pour envisager la révolution il faut, paradoxalement, se sentir solide dans sa position. Les ouvriers semblent dire non pas qu’il faut changer le monde (faire la révolution), mais que ce monde doit les accepter et leur faire une place. Dès lors, on peut se demander si ce n’est pas le discours de protestation sociale de Marine Le Pen qui porte plus que son discours d’exclusion. Le lissage du discours du FN sur les questions de races, d’exclusion, sur le passé, les guerres, son ralliement (même grossier et même sous forme de mystification) aux valeurs de la République et à la laïcité, la relative dédiabolisation du FN qui s’en est suivie, libère, en réalité, certains électeurs qui n’ont plus de prévention envers la nouvelle marque Le Pen. La surenchère sécuritaire ou identitaire du Président pour récupérer cet électorat semble, dés lors, particulièrement inadaptée.

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