Les deux candidats finalistes s’adressent aux électeurs du FN…

Ce qui est tout à fait normal. Le Front National est la troisième force du pays. Pour s’adresser à ces électeurs du FN, il faut d’abord leur dire que tout vote est respectable, par principe. Nicolas Sarkozy et François Hollande se sont donc lancés dans une opération de dé-diabolisation des électeurs du FN. La situation n’est pas du tout la même qu’en 2002. Le vote FN n’a pas la même signification et il contient pour une bonne part, une dose de désespérance sociale et de crainte identitaire à laquelle il faut bien répondre. Ce vote est également l’expression d’une forme de xénophobie, pas nouvelle, ni même forcément en progression, mais plus assumée. C’est une réalité politique. Chacun des finalistes y répond, à sa façon, selon son caractère mais surtout selon sa situation politique. D’abord François Hollande. On est loin du dégoût et de la distance de 2002. Cette fois-ci, la gauche dit saisir le message. Ce qui l’aide à comprendre, c’est aussi qu’elle a besoin, au moins, que les électeurs FN ne suivent pas Nicolas Sarkozy… Mais surtout la situation a changé. Marine Le Pen n’est pas Jean-Marie Le Pen, elle n’est pas finaliste et puis la crise est passée par là. François Hollande prétend qu’avec ses propositions sur la renégociation du traité européen, sa volonté de mettre l’égalité au cœur de sa politique et de rétablir une plus grande justice fiscale, il peut répondre à une partie de cet électorat. C’est assez hasardeux parce que ce discours ne l’a pas séduit jusque là, alors que le candidat socialiste est quand même en campagne depuis un an.

Ségolène Royal a dit, il y a deux jours, que le droit de vote des étrangers aux élections locales n’était pas une priorité.

Oui alors on lui fera préciser ça tout à l’heure (invitée à 8H20), c’était sa position de candidate il y a 5 ans… Mais c’est assez étrange de donner l’impression d’en rabattre sur une question de droits nouveaux, sur une avancée démocratique. Ça donne une image de fébrilité et de valeur à géométrie variable au gré des opportunités politiques. C’est une chose de descendre de ses grands chevaux moralisateurs et de ne pas prendre les électeurs de Marine Le Pen pour des sous citoyens, c’est une autre chose de sembler céder une parcelle d’idéologie au FN. Pour Nicolas Sarkozy l’équation est toute autre ! Le Président a décidé de reprendre des termes et des attitudes du FN (sinon des idées). Il franchit cependant un cap en disant « Le Pen est compatible avec la République ». Cette phrase aura des répercussions sur la cohésion de l’UMP après l’élection. Nicolas Sarkozy n’a pas seulement besoin, comme son rival, d’une frange de l’électorat FN mais de sa quasi-totalité pour pouvoir espérer l’emporter. Il doit donc donner l’impression d’épouser la colère antisystème du Front National. Pas simple quand on est à la tête du système ! Pas simple de réaliser ce numéro de transformiste sans affliger les modérés de son propre camp! Pour ce faire, il semblerait que le Président ait décidé d’épouser une colère spectaculaire et qui n’engage à pas grand-chose, une colère qui ne déplaira pas aux électeurs du Modem, une colère qui est même familière aux électeurs de gauche… La colère contre les médias. Qu’est-ce qu’on prend ! Ce n’est pas grave. On en a vu d’autres, ça n’entame en rien notre liberté qui est totale. Est-ce que c’est efficace ? Ça c’est une autre affaire. La bonne nouvelle, plus sérieusement, c’est que les électeurs du FN se sentiront écoutés par les finalistes. Ça peut permettre, au moins d’en finir avec un sentiment d’isolement social qui ne fait que nourrir les peurs et les incompréhensions…. Donc le FN.

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