Ce matin, l’impact de l’appel des 300 contre l’antisémitisme…

Et son effet contraire à ce que souhaitaient les signataires. Le ton utilisé et le caractère injonctif du texte braquent les imams les plus modérés et nombreux parmi ceux qui œuvrent quotidiennement, dans le sillage de l’imam de Bordeaux, Tarek Oubrou, depuis les attentats (et même avant) pour prêcher le respect des lois de la république, lutter contre les interprétations incultes et politiques du Coran par les islamistes et donc l’antisémitisme… Interprétations qui fleurissent sur Internet, facile d’accès pour les jeunes en rupture avec la société. En rupture (et c’est là le problème) pas seulement avec les institutions, mais aussi avec l’islam de leurs parents, les imams locaux qui se désespèrent de les perdre. Mohamed Bajrafil, imam d’Ivry sur Seine, est de ceux-là… il en a pleuré, dit-il, en découvrant le texte qui semble l’accuser, lui et tous les autres imams des quartiers, de ne rien faire et même de répandre l’antisémitisme via le Coran ! Il explique pourtant qu’il parle souvent à ses fidèles, du rapport respectueux à l’autre, au non musulman, au juif, et qu’il lutte contre une vision identitaire de sa religion. Il passe son temps à contextualiser les textes, à en donner une lecture actuelle, adaptée au XXI siècle. Il a même écrit un livre sur la question, une lettre aux jeunes musulmans, intitulé Réveillons-nous ! Mais c’est vrai qu’ils ne sont certainement pas assez nombreux comme cet imam qui se dresse contre, dit-il, « les bigots » de sa religion !

Il y a quand même les versets contestés du Coran !

Ces fameux versets cités par les signataires, qui appelleraient à tuer les juifs ! Ils n’existent pas en tant que tel dit Mohamed Barjafil. Il s’agit de traductions ressorties par les idéologues, d’interprétations anciennes, mais qui ne figurent en aucun cas dans l’islam quotidien qu’il pratique avec ses fidèles. Des centaines d’imams ont ressenti le texte des 300 comme une accusation globale contre l’islam et disent qu’ils auront plus de mal à lutter contre ce sentiment de victime, trop répandu chez nombre de jeunes musulmans, sentiment qui entretient une forme de marginalité méfiante voire agressive. Ces imams du quotidien sont effarés par l’inculture concernant leur religion des signataires de l’appel. D’ailleurs, aucun universitaire islamologue n’a signé ce texte. Le texte dit «  Nous attendons de l’islam de France qu’il ouvre la voie »… et justement, dans Le Monde daté d’aujourd’hui, 30 imams signent un autre texte écrit bien avant celui du Parisien. Le texte des imams (qui n’est donc pas une réponse au premier texte) dénonce clairement l’antisémitisme qui se répand au sein de la jeunesse musulmane. Il fustige l’idéologie mortifère des djihadistes et, à l’adresse de ceux qui sont fascinés par DAECH, dit, je cite : « le vrai sacrifice est de se donner pour les autres, comme l’a fait notre héros national, le colonel Arnaud Beltrame », avant de finir par «vive la France, vive la république». Ce texte serait passé inaperçu –comme d’autres du même acabit-  sans l’incroyable écho de celui de samedi, signé par tant de personnalités prestigieuses. Le débat ainsi créé montre tristement que le mot d’ordre « pas d’amalgame », né après les attentats, est en passe d’être lettre morte…

Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.