Ce soir, Emmanuel Macron devrait proposer une conférence sociale et environnementale avec, aussi, des citoyens tirés au sort.

Ça avait fuité de son discours non prononcé pour cause d’incendie à Notre-Dame. Voilà une situation inédite ! La presse et les politiques ont déjà commenté des propositions pas faites ! Pratique, ça permet au président d’ajuster le tir ! Et les tenants d’une politique environnementale audacieuse espèrent bien que les propositions initialement prévues (apparemment assez pauvres) seront précisées et sérieusement rehaussées. Un accompagnement beaucoup plus conséquent pour les transitions à la mobilité et à la lutte contre les passoires thermiques, par exemple. S’agissant de la conférence sociale et environnementale prévue, on pourrait y voir une ruse ‘tergiver-sationnelle’ (j’ai inventé un mot). En fait, ce peut être tout ou son contraire. Tout est dans le détail et le pouvoir normatif qui lui sera octroyé. La majorité a la légitimité institutionnelle mais ne dispose plus de l’autorité politique pour entamer de vraies transformations par elle-même. Emmanuel Macron sait maintenant qu’il lui faut associer les Français via les élus locaux, les syndicats, des associations, bref les corps intermédiaires enfin réhabilités et via des voix novatrices comme ces conférences de citoyens tirés au sort. 

Les syndicats doutent de la sincérité de la démarche.

C’est au président de convaincre qu’il ne cherche pas à prolonger artificiellement le grand débat. Le tirage au sort, par exemple, peut être un fumigène aux allures modernistes ou un formidable outil de gouvernance et d’implication des citoyens pour désencalminer la vie politique. Ce peut être une façon de pousser l’exécutif à faire ce qu’il n’a pas le courage (ou l’autorité) de faire : par exemple une vraie fiscalité écologique ! Ou ce grand plan de rénovation thermique des bâtiments ! Tout le monde en parle depuis des lustres. On sait qu’il serait générateur d’emplois, d’économie d’énergie, de pouvoir d’achat. Pourquoi n’a-t-il jamais été mis en œuvre ? Parce que, quand il s’agit d’écologie, c’est ‘never in my backyard’ (jamais dans mon jardin). On est très allant sur le principe et jamais dans le détail. Une mesure efficace serait, par exemple, de faire en sorte qu’une habitation qui ne serait pas aux normes environnementales ne soit pas vendable en l’état ou à un prix très dégradé. On peut parier que si une conférence de citoyens tirés au sort se penchait sur la question, l’étudiait à fond, ses conclusions seraient bien plus audacieuses et débarrassées de la peur de troubler une clientèle politique de propriétaires. L’avis de ces citoyens tirés au sort aurait une force telle (la puissance de l’impartialité et du désintéressement) qu’il serait difficile à l’exécutif de l’ignorer. Ce n’est cependant pas la rénovation des instruments de prises de décision qui fourniront à Emmanuel Macron un cap, le grand dessein qui lui manque, mais au moins, ça pourrait lui permettre d’agir et de vaincre (ce pourquoi il a d’ailleurs été élu) un mal qui mine la démocratie : l’impuissance publique. Et puis l’absence de mesures environnementales fortes, ce soir, signerait le fait que la présence en 2ème place de Pascal Canfin sur la liste En Marche, pour les européennes, n’est que simple greenwashing...

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