C'est un petit film, qui dure quelques minutes et qui est projeté, en permanence sur la facade de l'assemblée nationale,à Paris. On y voit une femme, belle, la quarantaine, passionnée, de cette passion d'amérique latine, imprudente et courageuse... Le regard droit dans les yeux, de ces regards qui ne se détournent pas... Et cette femme tape sur la table , pour tenter de mieux convaincre son interlocuteur, le chef des FARC...Elle parle avec les mains et elle lui dit "plus d'enlèvements, comme un cadeau" Cette femme, c'est Ingrid Betancourt. Nous sommes en 2001, elle est sénatrice; la mieux élue de son pays. Elle mène une bataille sans relache , " la rage au coeur" écrit-elle, contre la corruption qui métastase dans son pays... Elle a déjà échappé à deux attentats... Et malgré la protection permanente de ses gardes du corps, elle a du prendre la décision de mettre ses 2 enfants à l'abri,chez leur père, qui vit en Australie. Ces images sont prises lors d'une tournée dans cette région ou se sont retranchés les FARC, cette guérilla politico-narcotique, mise au ban des nations... Autre image qui s'enchaine sur ce film : 6 ans plus tard, c'est à dire il y a quelques semaines : Ingrid Betancourt, les jambes croisés sur une chaise, dans un lieu improbable. Elle ne regarde plus rien ni personne, droit dans les yeux. Elle fixe simplement le sol dans lequel on devine qu'elle voudrait probablement parfois se fondre pour échapper à cet enfer sur la terre. Le ressort de vie est presque cassé par de longues marches, de longues semaines de silence, de longues journée de retranchement en soi même. Une esclave sans chaine, une prisonnière sans barreau, otage d'un groupe qui a décidé de faire cracher le plus de dividendes possible pour le prix d'une femme devenue un symbole mondial. Qui provoque une mobilisation totale. On ne dira jamais assez à quel point, sur ce dossier, la cohésion politique nous réjouit. Bien sur, on imagine mal une bataille de chiffonniers sur le cas Bettancourt. Mais ce " parler d'une seule voix " reste une belle image dans cette année 2007 convulsive. On saluera l'engagement personnel de Nicolas Sarkozy dans cette affaire. Comme Jacques Chirac et Dominique de Villepin avant lui. Le chef de l'état se mouille.. Il a fait de la libération d'Ingrid Bettancourt une priorité. A sa facon à lui dans ce qu'elle a de plus positif. La relance continuelle, le rappel continuel de cette priorité. Et l'on prete suffisamment d'arrières pensées à ceux qui nous gouvernent pour leur rendre grace, parfois d'etre guidé aussi par un sentiment trés simple qu'on appelle humanité. On saluera aussi l'engagement sans faille de la gauche : Bertrand Delanoé, qui a fait d'Ingrid Betancourt une citoyenne d'honneur de la ville de Paris, Ségolène Royal qui n'a eu de cesse de l'évoquer pendant la présidentielle ... mobilisation aussi religieuse, artistique et citoyenne. Une cohésion suffisamment rare pour etre saluée. Ainsi , A l'heure ou les FARC retardent et retardent encore la libération promises des 3 otages, à l'heure ou l'on ne comprend plus trés bien sur quels pieds veulent danser les guerilléros, le président Uribe et le médiateur Chavez, on repense à ces 2 images du film : Une femme qui tape du poing et une femme presque brisée... Presque. tout est dans cette nuance... Et comme elle nous est devenue familière,on a juste envie de lui dire, ce matin : Hasta pronto, Ingrid. A bientot.Non. Plutot : Hasta Luego, à tout à l'heure.

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