L'année politique 2018 s'est terminée dans un climat de quasi guerre civile... 2019 peut être une belle année de respiration démocratique.

Bonjour Yael Goosz. Votre édito du jour : 1969, année "érotique", disait Gainsbourg... 2019, année démocratique ?  

Avec moi ce sera moins sexy, Frédéric, mais vous allez voir, vous n'allez pas décrocher... Première bonne nouvelle, nous sommes toujours, nous les Gauloises et les Gaulois, un peuple hyper politique. Nous votons toujours en masse aux élections présidentielles, et nous ne restons jamais longtemps mutiques. Avec les Gilets Jaunes, la prophétie de François Hollande s'est de nouveau réalisée : "en politique, rien ne se passe jamais comme prévu".  

Dans les premiers jours du mouvement, on a d'abord cru à un mouvement fourre-tout, "abstentionniste", "a-politique" voire "anti-politique". Avec le recul, c'est faux, vu les effets politiques puissants que ce mouvement a produits, obligeant l'exécutif à céder et remanier son agenda. Faux, aussi, quand on consulte les plateformes Gilets jaunes, cette profusion de tweets et de revendications publiées sur les réseaux sociaux...   

Sauf, Yael, qu'on a aussi vu les dérives, la violence, la récupération... Et vous dites que ce mouvement va faire respirer la démocratie ?   

Regardez le calendrier ! Depuis juin 2017, les Français n'ont pas eu l'occasion de s'exprimer une seule fois dans les urnes. C'est long deux ans ! Et quand ils vont pouvoir le faire en mai, ce sera pour élire leurs députés européens... La poussée de fièvre a donc été d'autant plus forte qu'une partie des Français s'est sentie coupée du processus de décisions.  

Avec les Gilets Jaunes, c'est toute la mécanique du pouvoir majoritaire, cet agenda écrit d'avance, qui a dû, en urgence, être revu et corrigé ! L’hiver 2019 sera donc celui du débat national, inédit sur le fond et sur la forme : des citoyens vont être tirés au sort, comme dans les jurys d'assises, pour en tirer les conclusions. Sans forcément en être conscient au début, les Gilets jaunes ont réactivé la logique des doléances héritées de la Révolution française.  

A condition d'accepter le cadre institutionnel républicain ?   

Faire rentrer les Gilets jaunes dans la démocratie représentative... C'est le défi. En échange, il y a l'opportunité, pour eux, de faire avancer leurs revendications de démocratie plus directe, comme le RIC ! Ce débat national, si tout le monde joue le jeu, c’est la rencontre entre démocratie représentative et démocratie directe... Pulsions contradictoires et compromis à inventer entre le haut, le bas et les corps intermédiaires... C'est passionnant. 

Voilà pourquoi 2019 sera une année "sexy" pour la politique, P majuscule, avec deux respirations : celle du débat national, jusqu'en mars, puis le printemps des européennes.. Les résultats de l'un seront conditionnés par la qualité de l'autre. Si le débat national ne débouche sur rien, c'est la garantie de voir la démocratie tourner en rond sur les ronds-points. 

Peut-être faudra-t-il un référendum organisé d’en haut pour valider les propositions venues d’en bas. Dans ce cas : pourquoi ne pas coupler un référendum à questions multiples (fiscalité, institutions, etc etc...) à l'élection européenne, le 26 mai : effet vertueux garanti pour la participation, et on évite le défouloir stérile pour ou contre Macron. Une journée "multi-votes" avec un V majuscule, ce sera ma contribution au débat national.

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