Alors qu'il s'apprête à adresser, en ce jour de Noël, son 7ème message "Ubi et Orbi", focus sur 2019, année très politique pour Jorge Mario Bergoglio.

Le pape François rencontrant des enfants et leurs familles au dispensaire Santa Marta au Vatican
Le pape François rencontrant des enfants et leurs familles au dispensaire Santa Marta au Vatican © Getty / Mondadori Portfolio

Emmanuel Macron n’a pas le monopole de la réforme… Il y a aussi le Pape François. Et les Catholiques de France n'ont pas tous envie de lui souhaiter "Joyeux Noël !" Depuis sa prise de fonction en 2013, il dérange, bouscule : évêque de Rome et en même homme politique XXL. En 2017, interrogé par La Croix, Marion Maréchal se disait "désarçonnée" par ce Pape... Qu’est-ce que cela doit être aujourd’hui !    

Une référence à son engagement sur la question des migrants ?   

Oui, car pour mieux frapper les consciences, il vient de réaliser un sacré coup de com’. La semaine dernière, François a fait accrocher un gilet de sauvetage, sur un crucifix, au cœur du Vatican. Un gilet porté par un migrant disparu en Méditerranée l’été dernier… L’image est saisissante, Jésus rattrapé par l’urgence humanitaire, la croix du migrant inconnu. Impossible d’esquiver ou de fermer les yeux, ce gilet de sauvetage, toutes celles et tous ceux qui demandent audience au Pape sont obligés de passer devant. Dans une Italie où le populiste Matteo Salvini n’attend qu’une chose, revenir au pouvoir, c’est évidemment un acte politique. Surtout quand ce Pape argentin, lui-même fils d'immigré italien, fait l’éloge des secouristes, empêchés d'accéder aux ports à l'époque où Salvini était au gouvernement.   

Et qu’est-ce qui dérange ici en France ?   

Disons qu’une partie de la droite catholique française, celle qui s’exprime par exemple dans Valeurs actuelles, trouve que ce Pape dénature le message de l'Eglise. "J’étais étranger et vous m’avez accueilli", dit l'Evangile selon Saint-Matthieu. Le message spirituel, adressé à chacun, deviendrait chez François une injonction temporelle, une immixtion dans ce qui relève de l'État, comme si La Bible contenait un code civil… Voilà ce qui gêne. On comprend aisément que ce Pape dérange les certitudes d’un Zemmour. Si on suit son raisonnement, le Pape François mettrait l’Europe chrétienne en péril en accélérant son « Grand remplacement » fantasmé.   

Et l’immigration n’est pas le seul sujet sur lequel le pape s’invite à la table des politiques !   

2019, année faste ! Un Pape anti-nucléaire, et qui le dit, c’était fin novembre, sur les ruines d’Hiroshima. Immoralité de l’usage et même de la simple "possession" d’armes atomiques. François veut le faire inscrire dans le catéchisme de l'Église ! Le lobbying intense mais discret des diplomates français en visite à Rome n’y a rien changé. Un pape inflexible sur son message écologique : "il faut protéger notre sœur Terre », lutter contre les « prédateurs qui défigurent l’Amazonie". Citons aussi sa diplomatie au Proche-Orient : quand Trump soutient les colonies israéliennes en Cisjordanie, le Saint-Siège réagit aussitôt pour défendre une solution à deux États pour deux peuples.  

D’ailleurs les cercles ultra-conservateurs américains ont beaucoup de mal avec ce Pape qui autorise la communion à certains divorcés et s’interroge sur la possibilité d’ordonner prêtres des hommes mariés…   

Progressiste, le Pape François ?   

Si le progrès c’est de défendre la vie à tout prix, y compris le fœtus non désiré, je vous laisse apprécier. Sur la place des femmes, sur les finances du Vatican, le bilan est très mitigé. Réformateur plutôt que progressiste. 

Et en réalité, réformateur en campagne. Les démocraties, les partis politiques sont en crise. Désaffiliation, abstention. L'Église aussi est durement touchée. Et bien l’obsession de François, c’est d’adapter l'Église au monde moderne pour stopper l’hémorragie. « La politique n’est pas seulement l’affaire des gouvernants », dit-il souvent.  

Alors s’il peut continuer à désarçonner Marion Maréchal qui un jour a comparé les migrants de Calais à de la « poussière », s'il peut être la mauvaise conscience de Marine Le Pen qui fait travailler à Bruxelles l’organisateur des blocus anti-migrants au col de L'Échelle, alors oui, souhaitons ubi et orbi au Pape François un « Joyeux Noël ».

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