La politique, aussi rude qu'un Vendée Globe Challenge ! Plus que quelques jours pour tracer la feuille de route 2021, dernière année "utile" du quinquennat.

L’édito politique du jour, avec vous, Yael Goosz. D’un Noël à l’autre, entre monde d’avant et monde d’après, on attend les arbitrages...

C'est toujours éclairant de se replonger dans les archives. De quoi parlions-nous à ce micro il y a un an jour pour jour ?  

Pas du virus, pas encore : la première dépêche AFP mentionnant l'existence d'une "mystérieuse épidémie en Chine" remonte au 5 janvier. Non, à l’époque, c’est la dette : la barre des 100% du PIB sur le point d’être franchie ! Les retraites… Mouvement social en pause. La SNCF essorée. Emmanuel Macron renonce au régime spécial des anciens présidents. L’âge pivot est sur la table. Et le 49.3 pas encore dégainé. On parle aussi des municipales (personne n'imagine un report du deuxième tour). Benjamin Griveaux n’a pas encore échangé de sex-tapes. C'est aussi le Pape François qui frappe les consciences : au coeur du Vatican, il fait accrocher un gilet de sauvetage sur un crucifix, gilet que portait un migrant disparu en Méditerranée. Jésus rattrapé par l’urgence humanitaire.  

Un an après, c’est l’urgence sanitaire qui met sous cloche ce qui était prioritaire à l’époque…  

Qui se soucie encore d’une dette à plus de 115 % ? Qui imagine encore une réforme, financière, des retraites, avant 2022 ? La plupart des grandes villes sont aux mains de la gauche, verte ou rose. La crise des migrants n’est évidemment pas réglée, Emmanuel Macron veut refonder Schengen.

L’adage, signé François Hollande, selon lequel « en politique rien ne se passe jamais comme prévu », n’a jamais été à ce point validé. Toute la difficulté pour l’exécutif, c’est de garder la cohérence du quinquennat. Et ça passe, juste avant Noël, par un petit briefing off (comme on dit) organisé par les conseillers du Président pour remettre de l’ordre dans le récit présidentiel.   

Synthèse 2020. Récit partiel, forcément arrangé : « on dit ce qu’on fait, et on a fait ce qu’on a dit », dit l'Elysée. La crise aurait accéléré les transformations promises, avec ce plan de relance européen inédit décroché avec Merkel. On estime aussi avoir repris le contrôle. Lors de la première vague, tout s’est arrêté. Pour la deuxième, il y a eu une vie « avec » le virus, insistent les conseillers. Avec d'autres chantiers que la pure gestion Covid : la loi contre les séparatismes, celle sur le climat avec la promesse, fragile, d’un référendum l’an prochain.  

2021, année du vaccin, la page Covid déjà tournée ?  

Impossible de la tourner ! Et à l’heure où je vous parle, la feuille de route est pleine de points d’interrogations. Métaphore d'un ministre : le virus a mis une "couche de glace" sur la France, tenu à bout de bras par le « quoiqu’il en coûte ». Il faut passer l’hiver, mais après le "dégel", quel sera l’état du pays et son humeur ? Aura-t-on été une troisième fois confiné ? C’est souvent dans les sorties de crise que surviennent les mouvements sociaux.   

Faudra-t-il apaiser ou garder l’audace réformatrice ? C’est de ça dont débattaient les ténors de la majorité au fameux dîner masqué de l’Elysée. La grande loi dépendance, par exemple, sans cesse reportée, a-t-elle encore sa place dans l’agenda ? L’Elysée filtre selon trois critères : la situation sanitaire, le calendrier parlementaire et l’état des finances publiques. Mais il y a aussi des réformes qui ne coûtent rien : la proportionnelle ? Toujours pas tranchée.  

Rarement des vœux du 31 décembre n’auront été aussi nécessaires pour donner la direction et redonner une impulsion. Dernière année "utile", dit l’Elysée. Utile pour qui ? Utile à quoi ? Ligne droite, courbe, ou virage serré à négocier, avant de retourner aux urnes.

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