Un président qui tente de contourner la censure partielle du conseil constitutionnel et un président qui insulte un passant au salon de l'agriculture. Quel lien entre ces faits a priori sans rapport ? Et si Nicolas Sarkozy se rendait coupable d'atteinte à l'image sinon à la fonction de Président de la République avec ces 2 histoires ? Personne ne l'a encore trainé devant un tribunal pour un tel délit, mais le soupçon qui pèse sur lui commence à lui coûter cher dans l'opinion publique. Car en définitive, son problème aujourd'hui, ce n'est pas qu'il en fasse trop, trop peu, qu'il le fasse bien ou mal, c'est tout simplement, qu'il ne FAIT pas président. Nicolas Sarkozy l'est, indiscutablement, il a même remporté il y a 9 mois une franche et éclatante victoire. Mais 9 mois plus tard, il ne FAIT toujours pas président, il n'a pas investi la fonction, pas endossé les habits. Il était arrivé avec l'ambition de casser les codes, il a juste cassé les repères. Plus personne ne s'y retrouve ; ses opposants l'accusent de coup d'état permanent, ses amis se lassent de ses coups d'éclat permanents ! Le contournement du conseil constitutionnel, après qu'il ait partiellement censuré la loi Dati sur la rétention de sûreté, est-il une atteinte à l'Etat de droit comme le clame la gauche, ou une façon de chercher un autre chemin juridique pour parvenir à ses fins comme le défend Jean-Pierre Raffarin ? La démarche en tout cas est totalement inédite. L'article 62 de notre constitution précise que "Les décisions du Conseil constitutionnel ne sont susceptibles d'aucun recours. Elles s'imposent aux pouvoirs publics et à toutes les autorités administratives et juridictionnelles". En clair, la décision des sages s'applique à Nicolas Sarkozy comme à la Cour de cassation. Donc, sauf à réviser la constitution, on voit mal la porte de sortie. Sans doute Nicolas Sarkozy sait-il tout cela ; et ce coup de force public apparait alors juste pour ce qu'il est, un coup de force public à l'efficacité fictive, faire comme si la réalité pouvait se plier à sa seule volonté. Mais ce qui marchait bien quand il était candidat, "ce que je veux faire, je me donnerai les moyens de le faire", devient plus problématique maintenant qu'il est président. Il y a des règles à respecter, la séparation des pouvoirs n'est pas la moins anecdotique. Sinon, sinon, on prend le risque d'être soupçonné d'être l'auteur d'une "dérive vers une forme de pouvoir purement personnel confinant à la monarchie élective" si vous voyez ce que je veux dire. Autre code présidentiel brisé par Nicolas Sarkozy, celui de la tenue publique et du langage. Provoquer un marin pêcheur en colère sur le mode viril, passe encore, injurier un passant même peu amène, c'est trop. Le candidat Sarkozy a séduit par sa capacité à nous faire croire qu'il pouvait être "comme nous". Aujourd'hui, le président ne peut se comporter "comme nous", enfin, comme nous ne nous comporterions d'ailleurs pas forcément ! Dans l'imaginaire collectif d'une nation, le président est porteur d'une certaine réserve, distance, équanimité. Il ne peut être le premier bagarreur d'une République du pugilat ! Il y a quelques jours, face à l'effondrement de Nicolas Sarkozy dans les sondages, un conseiller de l'Elysée affirmait qu'il s'agissait de "re solenniser" la parole présidentielle. Franchement, en matière de solennisation, on ne s'attendait pas à cela. Ah si, sûrement dans cette optique, Nicolas Sarkozy est allé inaugurer en fin de semaine le nouveau mémorial de Gaulle. De Gaulle, vous vous souvenez, celui qui avait taillé à sa mesure le costume de président de la Vème République, un costume qu'il faut visiblement retoucher aujourd'hui.

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