L’édito politique de Françoise Degois. _____Au 36ème jour de grève générale en Guadeloupe, les négociations patinent. Et un sondage BVA/France Inter nous apprend ce matin que 78% des Français soutiennent ce mouvement. Loin des yeux, proches du cœur, ainsi pourrait-on résumer ce sondage. Faut-il que l'exaspération soit grande dans le pays pour que l'opinion adhère aussi massivement à ce conflit en Guadeloupe ? Des conflits sociaux il y en a eu... beaucoup… par le passé, aux Antilles, à La Réunion... Mais à chaque fois, ils étaient perçus comme des conflits locaux, liés à l'histoire particulière de l'outre mer, aux pratiques particulières sur ces territoires. En réalité, ces conflits étaient systématiquement, presque mécaniquement - ai-je envie de dire - déconnectés de la vie de la métropole. « Ça se passait là-bas, ça se passait pas chez nous ». Cette fois, ça n'est pas le cas. « Nous sommes tous des Guadeloupéens » semblent dire aujourd'hui les Français. Et c'est probablement une victoire remportée par les Antilles : être parvenu à inverser le mouvement, à créer une identification cette fois de la métropole à la Guadeloupe. Pourquoi une telle identification ? Parce que tous les ingrédients sont là et illustrent, à l'échelle d'un département de 400.000 habitants, les dysfonctionnements qui semblent gagner le pays tout entier. La baisse du pouvoir d'achat, des familles qui n'arrivent plus à boucler leur budget, le chômage qui augmente, surtout celui des jeunes, des quartiers défavorisé laissés à l'abandon, la petite délinquance, 100.000 personnes vivant sous le seuil de pauvreté. Hormis la plage et les cocotiers, quelle différence aujourd’hui entre Pointe à Pitre et une grosse agglomération en métropole ? Aucune. Et la misère n'est pas forcément plus douce au soleil. Et puis il y a cet écart entre l'enrichissement de quelques-uns et la galère du plus grand nombre. C'est une évidence aux Antilles, avec quelques familles, notamment la famille Hayot, en situation de quasi monopole sur la distribution. Ce qui explique en partie le coût exorbitant de la vie, comme le démontre avec une précision au scalpel l'excellente enquête du « Parisien » ce matin. Mais au fond, ces privilèges locaux, dont semblent jouir dans les îles ces familles de békés, sont-ils si différents des privilèges dont semblent jouir les banques, les grands patrons, les grandes fortunes, en métropole ? Ce sentiment de grand écart de plus en plus insupportable entre l'obligation de se serrer la ceinture pour le grand nombre et l'opulence pour le plus petit nombre, ce sentiment, peut-être caricatural, explique en tout cas aussi cette identification. Que peut faire le pouvoir aujourd'hui ? Donner avant tout le sentiment de s'emparer de ce dossier. Être là. C'est vrai que la venue des politiques sur l'île a probablement dérangé la stratégie de l'Elysée, jouer l'essoufflement, voire le pourrissement. Qu'il s'agisse de la guyanaise Christiane Taubira, défenseuse acharnée de l'outre mer, d'Olivier Besancenot, incarnant aujourd'hui une radicalité qui séduit bon nombre de Français, et de Ségolène Royal, qui a devancé largement Nicolas Sarkozy dans ces îles à la présidentielle, et a mis tout son poids d'ex candidate dans la balance. Cette mobilisation politique, dénoncée - et c'est de bonne guerre, par l'UMP - a appuyé là où ça fait mal : l'absence politique du gouvernement. Et le désintérêt de Nicolas Sarkozy pour un sujet qui passionnait tant, pour de bonnes et de mauvaises raisons, son prédécesseur, Jacques Chirac. Il n'est pas trop tard pour corriger le tir, s'investir vraiment, d'abord pour sortir par le haut des négociations, ensuite pour tout remettre à plat, conclure un nouveau pacte avec l'outre mer, basé avant tout sur le respect et la reconnaissance de l'autre. Bref... en finir avec ce « cachez cette Guadeloupe que je ne saurai voir ». A l'évidence, l'opinion, elle, regarde attentivement.

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