Didier Migaud à la cour des comptes… Michel Charasse au Conseil Constitutionnel… Face à ces deux nominations, quelle est votre lecture politique, Thomas ? Il faut les distinguer. La première, celle de Didier Migaud, est plus significative. Elle constitue à l’évidence une avancée démocratique à mettre au crédit d’un président qui, justement sur le plan de la modernisation de la gouvernance, n’avait pas vraiment tenu ses promesses. Nous vivons toujours sous l’empire d’une monarchie républicaine avec une certaine concentration des pouvoirs. Mais, en matière de contrôle des politiques publiques, un effort de démocratisation est fait. C’était d’abord le fait de faire élire un membre de l’opposition à la tête de la commission des finances du Parlement et c’est, aujourd’hui, la nomination d’un membre de l’opposition, unanimement reconnu pour sa compétence, au poste de premier président de la Cour des comptes. L’intéressé (on a pu le mesurer hier) est d’ailleurs très vite entré dans sa fonction. Cette avancée démocratique est à comparer avec la possibilité offerte à l’opposition de saisir le Conseil Constitutionnel, qui avait été instituée par le président Giscard D’Estaing en 1974. Donc pas d’arrière pensée politicienne ? Si sûrement, on va en parler, mais il faut souligner d’abord l’avancée démocratique et d’ailleurs on pourra demander tout à l’heure à notre invité du jour, Bertrand Delanoë, si les socialistes comptent pérenniser cette règle en envisageant, par exemple, de demander à Didier Migaud de démissionner en 2012 pour pouvoir nommer une personnalité de l’UMP, en cas de victoire d’un candidat socialiste à la présidentielle ? Une idée de question Pierre… Alors, derrière cette nomination, il y a bien sûr de la tactique. D’abord il y a de l’image. Le président est le président de tous les Français si l’on en croit nos institutions, et ces derniers temps, Nicolas Sarkozy, qui a multiplié les voyages présidentielles dans des régions politiquement incertaines pour l’UMP aux élections régionales, a un peu écorné cette exigence de relative neutralité du président pendant une campagne intermédiaire. Et puis ces deux nominations entretiennent l’idée d’ouverture, une idée rassembleuse par nature, mais facteur de trouble à gauche. Et puis il y a plus malin. Vous avez remarqué, ces dernières années que Philippe Séguin avait (de par son aura et sa personnalité) réussi à donner aux avis de la Cour des comptes, un poids médiatique, et donc politique, inédit. Le gouvernement conteste d’ailleurs la façon dont la Cour calcule certains déficits. Si la Cour continue de se comporter en contrôleur scrupuleux (et il n’y a aucune raison que ça change), d’autres rapports sévères et embarrassants pour le pouvoir sortiront. Si le gouvernement les conteste, il pourra toujours laisser entendre que, bien sûr, le premier président est socialiste ! L’institution se politise de fait. C’est à Didier Migaud de se méfier de cette possible manœuvre. Pour ce qui est de Michel Charasse au Conseil Constitutionnel, là c’est différent. Ça ressemble à un remerciement, à une fleur entre amis, là c’est vraiment de la politique à l’ancienne. Avec le départ de Pierre Joxe et l’entrée de Michel Charasse au Conseil Constitutionnel, on change radicalement de conception de la politique… Ce n’est pas le nom de Michel Charasse qui vient spontanément à l’esprit quand on parle de déontologie du pouvoir. Au total, avec les nominations de messieurs Migaud et Charasse, dont nous venons de parler, plus celles de messieurs Haenel et Barrot au Conseil Constitutionnel, ça fait quatre personnalités politiques nommés à des postes généralement dévolus à des juristes. Il faut donc se rendre à l’évidence : le Conseil Constitutionnel devient de plus en plus une instance politique, phénomène qui sera renforcé, au fil du temps, par le poids des anciens présidents de la République, qui ne pourra que s’accroître avec l’allongement de la durée de la vie et le raccourcissement des mandats présidentiels.

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